[Culture]Les véritables origines de Noël

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« Jingle Bells, Jingle Bells, Jingle all the ways, Oh ! What fun it is to ride, In a one-horse open sleigh » . Vous en avez soupé de cette chanson dans les centres commerciaux ? Enfin, celle-ci… parmi d’autres, je ne vais pas toutes les énumérer mais on peut quand même citer dans les plus connus : « Let it Snow » (version Frank Sinatra, tout comme Jingle Bells), « Petit Papa Noël » (version Tino Rossi) concernant les intemporels ou encore « All I want for Christmas » (Mariah Carey) et « Last Christmas » (Wham!) pour les tubes commerciaux de stars de la pop.

Dites-vous bien que ces chansons ne datent pas de traditions pluriséculaires, mais sont au contraire très récentes et attachées au caractère commercial (et festif malgré tout) de ce qu’est devenu Noël. Pour bien comprendre ce qu’est Noël, il faut remonter à… l’antiquité. Bien avant la naissance du petit Jésus. C’est une fête qui a été sans cesse captée par des cultes, remaniée, mais au final sa symbolique ne change pas tant que ça. Petit tour d’histoire !

1 – L’origine des festivités

La période de Noël est synonyme de fête et émerveillement

A l’origine étaient les saturnales ! Comme je l’écris en avant propos, il n’était pas question de la nativité et donc du « divin enfant ». Non, il s’agissait plus simplement de symboliser le retour du soleil, de célébrer le rallongement des jours. Des festivités avaient alors lieux, et les riches mangeaient avec les plus pauvres, des cadeaux étaient échangés, en particulier pour les enfants. Il y avait même une inversion des valeurs, les maîtres étaient même, le temps des festivités, au service (pour le repas pas pour tout n’imaginez pas l’impensable) de leurs esclaves. Ces derniers jouissaient également à ce moment particulier, d’une liberté de parole assez importante.

La fête des fous décrite par Victor Hugo mise en scène par Disney

Cela ne vous rappelle rien ? La fête des fous, qui était pratiquée au Moyen-Âge, les 26, 27 et 28 décembre. Le principe était le même, sauf que les maîtres étaient les ecclésiastiques et les esclaves, le bas peuple. Une tradition qui s’est arrêtée en raison des désordres qu’elle occasionnait (je vous laisse lire ici le wiki pour de plus amples détails, ça volait parfois aussi haut qu’un Touche Pas à Mon Poste de Cyril Hanouna). Le réveillon du nouvel an est, vous l’aurez compris en filigrane, la fête « résiduelle » de cet événement.

Après cette précision, retour à la symbolique des saturnales ! Les romains fêtaient donc le retour « victorieux du soleil », Sol Invictus. Il faut bien comprendre que le cycle solaire, depuis que l’humain vit en société sédentaire, a une place prépondérante en raison de son importance sur les saisons et donc sur l’agriculture et la bonne alimentation des populations. Les famines, ça n’a jamais été sympa, pas plus hier qu’aujourd’hui et à ce titre, les sociétés païennes comme chrétiennes en Europe, priaient pour connaître de bonnes cultures. Décorations à base de guirlandes ou de branchages sur les habitations, cadeaux et sacrifices (factices pour les sacrifices humains) étaient de mise. D’où la tradition décorative encore vivace à notre époque.

Mais pourquoi ce nom des « saturnales » ? Saturne, ça ne vous dit rien ? Pas la planète, le Titan plus connu sous son nom originel grec : Chronos. Il est le gardien du temps tout d’abord, mais plus tard, il sera associé à l’agriculture, en raison… du temps qui passe et du cycle des saisons. Ce qui nous ramène bien à Sol Invictus, ce bon Saturne, titan/divinité en sommeil le reste de l’année, enchaîné par Jupiter, se réveille peu avant le moment fatidique où la lumière du soleil semble vaciller (le solstice d’hiver). Alors, le maître du temps et ancien roi des dieux redonne l’impulsion à l’univers pour faire revenir le soleil et sauver l’ordre des choses, tout en entraînant très temporairement un inversement des valeurs (le côté fête des fous). Par extension et d’un point de vue plus agraire, il fait donc revenir les légumes, céréales et fruits printaniers. D’où l’importance de cette fête dans la Rome Antique. Surtout, et bien avant elle encore, Babylone célébrait cette date, le solstice d’hiver était la plus grande fête de l’empire. C’est donc une fête très antérieure à la nativité telle qu’on la connait aujourd’hui.

La crèche de Noël représentant l’événement de la nativité

Le syncrétisme entre la tradition païenne et la culture chrétienne, avec ces informations devient alors évidente. La symbolique est trop forte, trop importante, et les peuples païens ne peuvent se passer de ce besoin de réaffirmer que la vie ne s’éteindra pas avec l’hiver, malgré le soleil diminuant. A partir de là, l’Eglise en fine politicienne avait compris qu’il valait mieux la prendre, l’intégrer, et ce quitte à faire des contorsions pour raconter une belle histoire collant avec le dogme religieux.

Et là, bingo, idée de génie, la nativité ! Il faut faire coller la naissance de Jésus aux saturnales, enfin roi, enfant divin au très lourd destin de sauver l’humanité en lui apportant la promesse d’une rédemption ! La symbolique est là, la naissance de l’enfant, le retour du soleil, la fête païenne est prête à être récupérée. L’histoire sera changée mais le peuple en retrouvera quand même la trame principale : le renouveau et l’espoir. Ce qui est au final, le plus important. Le mot Noël lui-même, étymologiquement est la contraction de « natalis » et de « dies » qui est devenu plus simplement « natale » pour ensuite évoluer en « nael » et a fini par adopter la forme qu’on lui connait.

Si la période de festivité est identifiable, reste à savoir comment nous en sommes venu à avoir le Père Noël en tête de gondole à la place du petit Jésus qui se retrouve à faire décoration dans la crèche et être célébré le temps d’une messe du soir ? Enfin… pour les croyants, les autres… seul le Père Noël demeure. Ce personnage fédère au delà de la seule religion.

2 – Le Père Noël – du mythe au symbole moderne

Le Père Noël sur son traîneau glissant sur les nuages, tiré par ses rennes filant au vent d’hiver.
Sa maison « officielle » est aujourd’hui la Laponie en Finlande

Je l’ai abordé lors des saturnales, l’un des points fondamentaux de cette fête était l’échange de présents. Mais la nativité ne pouvait remplir ce symbole à elle seule. Progressivement se sont imposées des figures à travers toute l’Europe à même de remplir ce rôle. Souvent sous la forme d’un vieillard errant au mois de décembre avant le solstice, il va en traîneau ou à pied. Il a une hotte ou un habit de couleur selon certaines légendes, selon d’autres non. On lui a prêté bien des noms, bien des visages. Chez les scandinaves, ce fût Thor dans son chariot tiré par ses deux boucs ou bien Odin sur son cheval Sleipnir avec ses huit pattes, dont les huit rennes du Père Noël dans sa version d’origine en sont une réminiscence. Les celtes auraient également eu une version (un dieu/géant nommé Gargan) portant un manteau rouge et des bottes, décrit par les historiens comme étant une transposition de Thor.

Côté chrétien, on ne peut faire l’impasse sur Saint Nicolas de Myre (ou Santa Claus en anglais), que l’on fête le 6 décembre depuis que son culte s’est répandu à travers l’Europe progressivement entre le VIe et le XIe siècle. Petit aparté, les orthodoxes eux, le célèbrent le 19 décembre. Il s’agit d’un petit conflit de calendriers solaires entre le leur, qui est le Julien et le notre, Grégorien (prenant en compte la dérive séculaire liée à notre révolution autour du soleil). Il est le saint-patron de nombreuses nations et professions en raison de son caractère protecteur et dans la tradition, il note les enfants sages pour leur distribuer de petits présents. Ceux qui ne l’étaient pas, en revanche, ont plutôt à faire face au père-fouettard, qui distribue un martinet (si l’enfant ne se repent pas de ses bêtises). A noter que pour les anglo-saxon, il n’y a pas de distinction Père Noël et Santa Claus/Saint-Nicolas. C’est le même personnage.

Merci Père Noël de nous faire boire du sucre et de précipiter l’obésité infantile !

Le même personnage, mais… avec des couleurs différentes. Aujourd’hui, la couleur la plus communément admise est le rouge bien vif avec fourrure blanche sur les bords et pourtant… cela n’a pas toujours été le cas. Santa Claus a un lourd passif en vert et non en rouge. En France, il aurait même porté certaines fois du… bleu ! C’est Coca-Cola avec sa campagne de publicité dans les années 30 (1931 pour être exact) qui a standardisé le Père Noël en tant qu’icône commerciale bien rouge. Si le personnage existait depuis bien longtemps, son apparence générale a donc connue maintes et maintes évolutions. Même le renne « Rudolf au nez rouge » est lié à ça puis qu’il ne fait lui son apparition qu’en 1939.

Aujourd’hui, le Père Noël est une entreprise à lui tout seul. Maison en Laponie, tout un tas de sociétés promettant de pouvoir lui écrire pour finaliser la liste de Noël des enfants… C’est aussi une véritable icône décorative pour nos maisons, les magasins et plus généralement les villes à l’approche des fêtes. Bref, à défaut de célébrer la nativité et de réellement récompenser les enfants sages, il fait surtout marcher la planche à billets et tourner l’économie pour les fêtes de fin d’année.

Est-ce si grave qu’il en soit presque réduit à être un produit commercial ? De mon point de vue, non. Même si on peut blâmer une certaine perte des valeurs, dans le sens où nos chères têtes blondes vont encore être pourries-gâtées comme on dit si bien. Il néanmoins faut garder à l’esprit que le Père Noël fait toujours rêver les enfants, amuse les grands qui voient dans leurs yeux encore un peu de magie. Ce qui les renvoi à leur propre expérience de prime jeunesse. La famille est mise en avant ainsi que l’esprit de Noël de pardon et réconciliation, avec le lot d’oeuvres écrites et surtout télévisuelles bien mièvres nous vantant les contes de Noël à l’eau de rose.

Et puis, au pire, le Père Noël est une ordure comme une autre ! N’est-ce pas M. Jugnot ? Le mot de la fin, cette fête de fin d’année n’est donc pas à voir sous le prisme religieux mais sous celui de la fête de début de la période hivernale et de la famille. Que vous soyez croyant d’une quelconque obédience ou que vous ne soyez pas croyant comme moi, ne boudez pas le plaisir de simplement passer un bon moment. L’humanité c’est avant tout faire société, et pour faire société, il faut célébrer en commun et partager.

Le Père Noël est une ordure, classique du Splendid – 1979 sur les planches et 1982 au cinéma
Bonus : si vous aimez les parodies déjantées je vous invite à lire cette vidéo !

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