[Debunk]Les jeux vidéos seraient la cause des « mass shooting » aux USA

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Une fois n’est pas coutume, cet article ne va pas réellement parler de sciences « dures » (physique, chimie, géologie, astronomie etc). Non cette fois, je vais aborder un sujet de science « molle », un sujet de science sociale. En particulier celui de la soit disant influence néfaste des jeux vidéos sur un point bien précis : les tueries de masse (mass shooting) outre-atlantique. Les journaux en parlent beaucoup quand la polémique revient, mais contrairement aux membres de la presse, je vais l’aborder côté amateur de ce genre de jeu.

Le Doomguy (ou Doomslayer) aux prises avec des démons

A chaque tuerie de masse aux Etats-Unis, le couplet de la violence dans les jeux vidéos revient sur le devant de la scène médiatique. Couplet alimenté toujours par les mêmes. Les réactionnaires Républicains, mâtinés d’une bonne dose d’évangélisme, mais soutenant le coeur sur la main la NRA (National Riffle Association), s’en donnent à coeur joie pour détourner l’attention sur l’épineux problème politique de la vente libre des armes à feu dans le pays de la liberté.

Ils réussissent ce tour de force en affichant une haine non feinte des jeux vidéos. Ils sont très présents sur la chaîne FOX News de Rupert Murdoch. Ce dernier est un magnat extrêmement influent du monde des médias et a une accointance non dissimulée avec les néo-conservateurs très à droite sur l’échiquier politique. La « FOX » n’est pas à une désinformation prêt et joui d’une audience monstrueuse (première chaîne câblée d’informations chez l’Oncle Sam). Elle est de surcroît très active en particulier pour soutenir Donald Trump, presque contre vents et marées. Je précise « presque », parce que parfois, même pour eux, il va trop loin, mais il faut que je cesse de digresser.

L’image de mise en avant de l’article (ainsi que le gif animé) concerne le bien nommé « père des FPS » (oui je vous entends déjà dire et WOLFENSTEIN 3D ? de la même boîte ID Software) : je veux bien sûr parler de DOOM. Pour les non-initiés, FPS signifie First Person Shooter, c’est à dire que le joueur est en vue intérieure par rapport au personnage et qu’on voit donc ce que son regard est censé capter. DOOM je l’admets bien volontiers, est mon FPS fétiche tout simplement car j’ai grandi avec la licence. Je jouais au premier opus j’avais tout juste 11 ans. Je me souviens encore de sa sortie, totalement épaté par la prouesse technique que ce jeu constituait (décors 3D avec de la hauteur, personnages en bitmap, c’est à dire en 2D). C’était aussi l’époque formidable des jeux « SHAREWARE ». Il s’agissait d’offrir gratuitement environ 1/4 ou 1/3 du jeu souvent distribué dans des magazines pour PC sur des disquettes 3″1/2 et le reste était payant. Sa suite s’était même offert le luxe de sortir en magasins spécialisés ET en grandes surfaces l’année suivante. Le sourire du vendeur me tendant la boîte le jour de sa sortie restera gravé dans ma mémoire. La saga est revenue en grande pompe avec un reboot magistral en 2016 (élu jeu de l’année), une suite logique est programmée pour avril 2020.

Trailer de la suite de Doom 2016 – Doom Eternal,
la violence y est poussée à son paroxysme, mais comment la prendre au sérieux ?

Bon si je vous parle de DOOM, ce n’est pas uniquement parce que ce jeu est mon petit pêché mignon, car j’adore trucider des hordes de démons dans les couloirs sombres d’une base sur Mars ou une ses lunes que sont Phobos et Deimos. C’est surtout car il a été cité parmi d’autres titres mais surtout en qualité de précurseur du genre (Fortnite, Call of Duty) comme étant la cause très probable, du passage à l’acte du week-end qui a connu deux « mass shooting » pour 31 victimes. Cité par des poids lourds politiques des Républicains, les fameux amis de la NRA, dont le « POTUS himself » dont le passage de son allocution est en extrait vidéo sur l’article du New York Time en lien ci-dessus.

Vous imaginez sérieusement qu’un tueur se soit inspiré de DOOM vu le synopsis ? Des hordes démoniaques envahissant notre dimension et un supersoldat leur faisant barrage à grand renfort de pyrotechnie dans une brutalité cinématographique digne d’un film de Paul Verhoeven comme l’excellent Starship Troopers ? Un peu de sérieux messieurs les rétrogrades ! Tout ou quasiment est imaginaire dans DOOM, la violence y est exacerbée à tel point qu’elle n’est plus malsaine mais comique. Il est bien évident qu’il est impossible d’arracher le tronc cérébral de quelqu’un en passant par sa bouche.

Call of Duty MW2 : la mission polémique, un mass shooting dans un aéroport russe.

Changeons d’angle, à supposer que le côté réaliste permettrait alors une meilleure identification de l’individu au support vidéo ludique. Il y a bien d’autres titres qui pourraient être plus efficients comme catalyseurs pour permettre l’expression de cette violence. Call of Duty qui est un FPS de guerre plus réaliste (vidéo ci-contre), GTA – Grand Theft Auto, qui lui est un simulateur d’appartenance à la mafia et donc d’exercice de la violence urbaine : deux jeux souvent cités eux aussi pour leur violence. Pléthore de jeux existent dans ce registre, mais ils sont moins connus du grand public, et encore moins connus de nos amis les tenants de la perversion video-ludique des deux côtés de l’Atlantique (demandez à Familles de France).

Je vais quand même citer d’autres séries célèbres et tout aussi violentes, attention, moment culture geek : Mortal Kombat, God of War, The Witcher ou encore Hitman, lesquels sont des jeux de combats ou d’action/aventure, et non des FPS. Je vous laisse cliquer sur les liens pour juger sur pièce comme on dit.

C’est assez parlant comme ça ?

En réalité, à travers un loisir, voire un sport vu que l’e-sport se développe très rapidement depuis l’avènement de League of Legend, DoTA2, Overwatch et Fortnite, ce sont les progressistes et les conservateurs qui s’affrontent sur la question des armes. Les premiers contrairement aux seconds, avancent que les jeux n’en sont pas la cause. Et ce conformément à de nombreux et différents avis d’experts et études, comme celle-ci, menée en 2017 et publiée par l’Association Américaine de Psychologie. Elle démontre qu’il n’y a pas de lien entre les jeux vidéos violents ou même tout autre média violent et le passage à un acte de la tuerie de masse, ni même à l’adoption d’un comportement violent. Le passage à la fin de l’étude est clair : c’est une erreur classique de tenter de prouver un fait rare -et assez spécifique aux USA- par le biais d’un fait lui, commun et qui est de surcroît partagé ailleurs dans le globe.

Trop de gens jouent aux jeux y compris aux jeux violents, et le passage à l’acte n’est absolument pas corrélé. En revanche ce qui est corrélé… c’est le rapport armes à feu en libre circulation et meurtres par mort violente (dont les tueries de masses). Il faut se rendre à l’évidence chez l’Oncle Sam, c’est le rapport aux armes qui génère de la violence dans cette société, pas les jeux vidéos.

Il n’y a pas à proprement parler de profil type du tueur de masse aux Etats-Unis, même si il y a de fortes tendances. Il s’agit exclusivement d’hommes, ils peuvent être altérés psychiquement mais ce n’est pas un critère déterminant. En revanche, le sentiment de déclassement (isolés, ayant subi des humiliations plus jeunes) et le besoin d’être reconnus, de prendre sa revanche sur la vie est fréquent. Il y a eu aussi le syndrome post-combat après l’Irak, où des soldats ne trouvaient plus leur place en rentrant. De plus, il y a l’effet « copieur », comme si c’était un effet de mode contagieux. L’étude mise en lien en 2015 le démontre très sérieusement.

En clair et en décodé, arrêtez d’agiter un chiffon rouge pour faire diversion et protéger les intérêts de la NRA les ténors du GOP ! Le graphique ci-dessus est criant de vérité et laissez le monde « frag » en paix ! Des millions de joueurs s’entre-tuent chaque jour dans la bonne humeur (et parfois un peu d’engueulade il faut l’admettre) sur le net, pour le simple plaisir de maîtriser des mécaniques de jeu seul ou en équipe. Des millions d’autres joueurs affrontent aussi armes à la main des hordes d’ennemis humains (Wolfenstein avec les nazis, lui aussi dans un excellent reboot, ou Borderlands et Rage pour les fans d’un univers à la Mad Max) ou fantaisistes dans une aventure solitaire.

Malheureusement personne n’est dupe et je suis prêt à parier qu’à la prochaine boucherie par armes à feu dont les USA ont le secret, nos amis néo-conservateurs reviendront à la charge avec un doigt accusateur, prêts à vociférer leur amour pour le deuxième amendement. Peut-être qu’à la prochaine, les politiques de tous bords oseront enfin s’opposer aux intérêts économiques de la NRA pour légiférer, comme l’ont fait l’Australie (1996 après la tuerie de Port-Arthur, faisant 35 morts) et le Royaume-Uni (1996 également, après celle de Dunblane) par le passé avec des résultats qui ne se sont pas fait attendre et qui sont durables.

A ce titre, le 02 décembre 2019 : la Cour Suprême des Etats-Unis (à majorité conservatrice depuis Trump), devait se prononcer près d’un an après sa saisine, sur un recours contre la limitation du port des armes dans la ville de New York. Oui vous avez bien lu, une association proche de la NRA s’est chargée de déposer un recours, auquel se sont jointes une cinquantaine d’autres (en français pour les anglophobes). Le motif ? Cette loi adoptée en 2013 et validée par les tribunaux « locaux », interdit de transporter les armes en dehors des stands de tir de la ville. Triste réalité américaine… A ce jour, je n’ai pas encore trouvé trace de la décision.

Doom Eternal est sorti ce 20 mars, avec un magnifique trailer de lancement vantant ses qualités (cf ci-dessous). Il tombe à pic lors du confinement qui se généralise dans le monde en raison du Covid-19 et appliqué de manière fort discutable dans les pays occidentaux, mais j’y reviendrais demain sur l’article en lien justement ! Allons nous assister à une recrudescence de violence par armes à feu ? Rassurez-vous, le soft mettant en scène ce soldat -le Slayer- sous stéroïde massacrant à tour de bras du démon ne devrait pas faire une réaction incontrôlée avec le confinement et les « risques de stress post-traumatique » que ce dernier peut engendrer.

Alors si je peux vous donner mon humble avis durant les semaines à venir : profitez de lire, de jardiner si vous avez un jardin, de faire des activités avec vos enfants (jeux de société, apprendre de manière ludique lors d’ateliers créatifs ou de problèmes posés sur des sujets qui leurs parlent, faire de la cuisine à plusieurs petites mains), de maintenir une activité physique « indoor », restez un peu plus à vous parler à table en couple ou famille… N’oubliez pas non plus de rester en contact avec vos proches par Skype, Whatsapps ou que sais-je encore comme moyen de communication. Et enfin… à vos heures perdues, défoulez vous sur Doom Eternal si vous aimez le genre FPS !

Une véritable ode à la brutalité ! Quel pied !

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