Les vikings – mythes et civilisation : une richesse trop souvent ignorée

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Pour la plus part des gens, le mot viking est synonyme de grosses brutes sanguinaires ayant perpétré des raids et terrorisé les populations d’Europe en longeant les côtés et remontant les fleuves. Il y a une part de vérité dans cette affirmation, c’est effectivement de cette manière que les scandinaves ont rétabli le contact avec le reste de l’Europe à une époque obscure de l’histoire du vieux continent : le haut Moyen Âge. Pour certains spécialistes, la venue des scandinaves sur leurs drakkars et la mutation sociétale qui s’opère à ce moment marque la transition avec le Moyen Âge central (entre l’an 888 et 947 selon les choix d’historiens). D’autant plus que Charlemagne vient de mourir et qu’il laisse un vaste empire en proie à des guerres civiles de successions.

Ce serait pourtant très réducteur de cantonner la civilisation viking à cette unique facette de brutalité. La série éponyme, s’inspirant certes assez librement, de la « Saga de Ragnar Lodbrok » (Lothbrok), du « Dit des fils de Ragnar » et du « Chant de Kraka » (ce qu’aurait chanté Ragnar juste avant sa mise à mort par le roi Aelle du royaume de Northumbria en Angleterre), fait néanmoins la part belle à certains us et coutumes et essaye d’introduire devant le téléspectateur les notions fondamentales qui présidaient à la vie de tout bon scandinave et donc, structurait en ce sens leur société.

Les scandinaves partageant leurs mythes, croyances et principes directeurs de vie avec les anciens germains, on peut également retrouver les thématiques en question et développées un peu plus loin à travers cet article dans l’opéra de Wagner : Der Ring de Nibelungen. En adaptation moderne de cet opéra sous un format BD, je recommande vivement Siegfried de l’auteur français Alex Alice, un véritable chef-d’oeuvre à la fois épique et onirique.

Mais pour commencer, il convient de présenter sommairement les puissances qui rythmaient la vie des vikings et qui à travers leurs histoires inspiraient les mortels. Pour visualiser rapidement avant de rentrer dans le détail : l’univers est organisé autour d’Yggdrasil, l’arbre-monde et les neufs royaumes sont supportés par les branches et racines du frêne cosmique.

Partie 1 – Un Panthéon riche et complexe, composé de dieux, de géants et de monstres

1. Les Ases

Les Ases sont les dieux principaux, vivent sur Asgard, au sommet d’Yggdrasil et président en compagnie de certains Vanes (cf ci-dessous) à la bonne administration des neufs royaumes.

1.1 Odin

Odin (oui j’aime bien cette illustration) – cliquez pour agrandir

Le premier d’entre eux est bien sûr Odin (Wothan chez les germains). Il porte de très nombreux noms dont celui de « All Father », c’est à dire « père de tout ». Il est respecté et craint par la quasi totalité des mondes et de leurs occupants. Il a ordonné le monde avec ses frères Vili et Vé en défaisant Ymir, le premier géant des glaces, brutal et malfaisant né de la rencontre du froid primordial (Niflheim) et du feu primordial (Muspelheim) dans le Ginnungagap (le néant). Du corps d’Ymir, il fit le monde, de son sang, il fit les océans et de ses dents les montagnes. La Volùspa est le poème qui nous renseigne sur cette cosmogonie mais aussi sur le destin du monde, il est écrit sous la forme d’une voyante qui raconte à Odin les éléments essentiels de la naissance de l’univers jusqu’à la consommation du destin des puissances, véritable signification du terme Ragnarök. Le « Crépuscule des Dieux » est plus une licence poétique du grand opéra wagnerien qu’une bonne interprétation du terme mais j’y reviendrai après.

Odin possède deux loups, Geri et Freki, dont les deux noms signifient voraces et étaient souvent utilisés en vieux norrois (ancienne langue des scandinaves) comme synonyme du mot loup. En tant que dieu de la guerre et de la mort, Odin, véritable psychopompe est logiquement affublé de ces deux animaux qui se repaissent traditionnellement des cadavres. Munin et Hugin sont ses deux corbeaux qui partent à l’aube explorer les royaumes et reviennent le lendemain peu avant la nouvelle aube tout lui raconter et recommencer. Ils ont fonction de messager et en quelque sorte de rapporteur et le « Père de tout » est soucieux pour eux, espérant les voir revenir chaque matin du haut de son trône Hlidskjalf dans son palais Valskjalf au Valhöl (Valhalla), au centre d’Asgard. Enfin sa monture légendaire est Sleipnir, le cheval à huit pattes qui lui sert pour traverser le Bïfrost, issu de l’union d’un étalon appartenant à un géant et de… Loki, ce que j’aborderai un peu plus loin.

Enfin Odin possède deux objets magiques. Tout d’abord Gungnir, sa lance, elle peut symboliser la force avec laquelle il a ordonné le cosmos. Elle ne peut être arrêté une fois lancée, ne rate jamais sa cible et revient magiquement dans la main de son unique propriétaire. Autant dire qu’elle est une arme de choix pour un monarque guerrier. Son caractère magique renforce l’un des autres domaines divin du roi des dieux nordiques, la magie, bien que ce soit les nains de Nivadelir Brokk et Eitri qui l’aient forgée, tout comme l’autre objet magique du père de tout, Draupnir. C’est un bracelet en forme d’anneau dont le nom signifie « le dégouttant ». Toutes les neuf nuits, cet anneau en générait huit autres, assurant richesse à Odin.

Le père de tout n’a plus qu’un oeil, résultat de sa soif éternelle de connaissance. Il est souvent décrit comme voulant tout apprendre et tout connaître. A ce titre, il se rendra selon la Gylfaginning au puits de connaissance de Mimir (un géant), près d’une des racines d’Yggdrasil menant vers Jotunheim, mais devra y sacrifier son oeil. Il y connaîtra donc l’avenir de tout l’Univers ainsi que son propre destin, inéluctable. Il sait alors qu’il devra affronter l’armée combinée des morts de Helheim, des géants de feu de Muspelheim et des géants du froid de Jotunheim. Il sait surtout qu’il y affrontera personnellement Fenrir (voir plus bas) et y trouvera la mort.

Mais Odin voulait encore plus de sagesse et de connaissance, alors il alla voir la Volvä, une prophétesse exceptionnelle connaissant tout le destin de l’Univers (mais se limitant à ce destin). Elle lui expliqua le rituel ultime que seul le plus puissant des dieux et se revendiquant comme tel pouvait réussir. Odin comprit et l’exécuta. Il se sacrifia lui même en se transperçant de sa lance Gungnir contre l’arbre-monde et y demeura neuf jours et neuf nuits. Là il acquit l’ensemble de la connaissance et l’alphabet runique complet. Grâce à cela, il pu revenir du royaume des morts en Heilheim, par de la magie occulte et perfectionnera son art avec l’aide de son épouse Freyja/Frigg en particulier l’art du Seid des dieux Vanes. Il sera le seul Ase à réussir à le maîtriser.

En conséquence de toute cette connaissance, Odin envoi ses Valkyries (des Dises le servant) sur les champs de batailles, souvent précédées des corbeaux dans les cieux, elles y marquent les guerriers dignes de servir le roi des dieux dans la mort, dignes d’accéder au Valhalla et de devenir des Einherjars. C’est à dire des guerriers qui vont combattre tous les jours pour s’entraîner et festoyer le soir en attendant le Ragnarök pour y mener la dernière bataille aux côtés du père de tout.

1.2 Thor

Thor faisant face à Jormungand – le serpent monde

L’autre Ase d’une importance capitale pour les peuples germaniques et scandinaves est bien entendu Thor, le dieu du tonnerre. Dieu bourru, archétype du grand guerrier courageux et un rien susceptible, presque plus humain qu’Odin dans sa perception par les mortels, il est considéré comme le dieu des gens normaux. Protecteur de Midgard où vivent les hommes. Il fût vénéré dans l’ensemble du monde scandinave et germanique et ce de longue date. Déjà Tacite (Ier siècle après J-C) le mentionnait dans ses chroniques.

Thor est le plus puissant des dieux guerriers du panthéon nordique, il symbole force, valeur, agilité et victoire. Son arme légendaire est Mjolnir, le marteau fabuleux forgé par Brokk et Eitri (suite à un jeu de provocation de Loki) à la suite d’autres objets mythiques dont la lance d’Odin. D’un manche trop court pour être porté à deux mains, seul Thor peut le manier avec sa force déjà fantastique et doublée par une ceinture magique Megingjord. Comme Gungnir, il revient toujours dans la main de son porteur et a été désigné par l’ensemble des dieux comme la meilleure arme pour se protéger des géants. Thor, sera donc le grand chasseur de géants et les légendes disaient que lorsqu’on entendait la foudre, c’était soit le dieu frappant de son marteau sur une enclume, soit qu’il fracassait des crânes de géants dans des combats menés sur d’autres royaumes mais résonnant jusqu’à Midgard.

Il possède en outre un char tiré par deux boucs : Tanngrisnir et Tanngnjóstr qui ont la propriété de pouvoir être mangé chaque soir et de renaître le lendemain indemne. Il ne faut en revanche pas casser les os sinon ils sont blessés pour la journée ce qui a tendance à rendre furieux Thor, d’autant plus qu’il prévient les invités de son dîner champêtre. Car oui il lui arrive de dîner avec de simples mortels qu’il rencontre. Le dieu du tonnerre traverse le ciel sur son char pour ses aventures qui sont nombreuses et variées, accompagné ou non, en conflit parfois ouvert avec d’autres dieux, ou non. Je mentionnerai ici sa colère contre Loki pour avoir coupé les cheveux de son épouse, la déesse Sif, laquelle est associée à la terre, aux moissons et à la fertilité, comme les dieux Vanes (voir plus loin). C’est lors de cet épisode que Loki se retrouve contraint d’aller chez les nains et que le fameux Mjolnir sera forgé.

Une des aventures du dieu est contée dans la Gylfaginning, poème majeur par ailleurs où l’on apprend que les boucs peuvent être manger sous conditions. On y retrouve Thor, Loki et un mortel du nom de Thjalfi, le plus rapide des hommes à la course et ils rencontrent un géant du nom de Skrymir, lequel est magicien. Thor essaye de le frapper mais curieusement, son marteau ne lui fait rien ! Skrymir et eux se rendent par la suite à Utgard, le château d’un roi des géants à Jotunheim. Là le roi, Utgard-Loki (« Loki » ici faisant référence aux tours malicieux) se moque d’eux et leur propose des concours, qui seront tous truqués.

Loki, réputé pour se nourrir très rapidement, doit manger le plus vite possible, mais son opposant n’est autre que le feu ardent qui consume même les os. Thjalfi doit courir plus vite que son adversaire, mais Utgard-Loki par magie le fera se mesurer à son propre esprit. Enfin Thor, excellent buveur devra vider la corne tendu par le roi Jotun. Or au bout de trois (pourtant énormes) traits, le dieu du tonnerre se voit contraint d’abandonner. Sa corne en réalité était reliée à l’océan à la place de l’hydromel habituel et Thor en buvant a causé des marées. En épreuve de rattrapage, il devra soulever le chat du maître du château en totalité du sol, mais là encore il échoue car le bout des pattes, en l’ayant soulevé par dessous le ventre, touchent encore le sol. En réalité il avait soulevé le ventre du serpent-monde Jormungand ! Las et énervé, Thor demande à ce que quelqu’un le combatte, il se verra opposé à la vieille nourrice du géant, mais qui ne sera autre que la vieille personnifié et qui fera mettre un genoux à terre au plus puissant des guerriers Ases.

Utgard-Loki fini par leur révéler la supercherie, en reconnaissant qu’ils ont tout de même accompli des prouesses en réalité, surtout Thor qui l’a réellement impressionné. Il révèle également qu’il est lui même le géant Skrymir et si Thor semblait ne rien lui faire avec son marteau, c’est parce qu’avec une illusion il le trompait et lui faisait croire qu’il le frappait, alors qu’en réalité ses coups dévastateurs avaient creusés trois vallées en détruisant des montagnes. Le dieu du tonnerre, n’appréciant que moyennement cette plaisanterie où il s’était senti déshonoré et raillé, voulu fracasser le crâne du géant, mais celui-ci disparu à l’aide d’un sort.

1.3 Loki

Comme dans toute mythologie, il en faut, de dieu ou équivalent, qui joue le rôle du méchant. Même les monothéismes ne peuvent s’en passer : Satan pour les religions du Livre, Mara pour le bouddhisme… Dans les monothéismes c’est souvent plus nuancé et les divinités retorses ne le sont pas totalement non plus. Loki en est le parfait exemple, bien que les écrits qui nous sont parvenus ont été pour beaucoup influencé par le christianisme et qu’il est, par transposition, légèrement teinté des couleurs du diable.

Fils d’un couple de géants des glaces, Farbauti et Laufey, il rejoindra pourtant les Ases en se liant par le sang à Odin lui même. Il aura plusieurs enfants mais surtout, il engendrera des monstres. Tout d’abord il sera la mère (oui oui), d’un « monstre » bienveillant et utile aux dieux, le cheval à huit pattes d’Odin, Sleipnir. Cet épisode est relaté là encore dans la Gylfaginning, avec un Loki se métamorphosant en jument pour attirer un puissant étalon, utilisé par un géant pour lui faire perdre le pari qu’il avait fait avec les Ases. Au début de l’établissement du Valhalla, un géant bâtisseur se présenta pour leur proposer un marché : leur construire une forteresse imprenable en échange du soleil, de la lune et de Freyja l’épouse d’Odin en trois saisons. Les dieux acceptèrent après conciliabule mais uniquement en un semestre et sans l’aide de personne. Le bâtisseur demanda à pouvoir utiliser son étalon, le cheval Svadilfari, ce qui lui fût accordé, les dieux étant certains que cela était impossible.

Voyant que la construction avançait à bon rythme et serait finie dans les temps, les dieux paniquèrent du prix à payer et demandèrent à Loki de trouver une solution. C’est là qu’il utilisa la ruse de la métamorphose en jument pour attirer l’étalon qui permettait au géant d’acheminer les pierres comme aucun autre tant il était puissant. La conséquence imprévue fût… que le dieu de la ruse nordique fût engrossé et mis au monde le cheval Sleipnir, lequel par ailleurs peut se mouvoir aussi bien sur l’eau que dans les airs ou sur la terre.

Mais ses autres enfants monstrueux, eux, seront craints et seront des forces d’anéantissement lors du Ragnarök. Ils seront abordés plus loin, mais autant les mentionnés : Fenrir, le loup gigantesque, Jormungand, le serpent monde et enfin Hel, la déesse des morts.

Etrangement, il développera une forte aversion pour ses semblables d’origines, et n’hésitera pas à user de ses talents, car il est très doué dans la métamorphose et dans la ruse, pour leur jouer des tours et faire prospérer la cause des dieux. Egalement, il mettra les dieux dans des situations périlleuses mais les sauvera bien souvent par son ingéniosité.

Heimdall sonnant de son cor lors du Ragnarok

1.4 Heimdall

1.5 Balder

2. Les Vanes

2.1 Freyja

2.2 Freyr

2.3 Njord

3 Les géants et les « monstres »

Surtr

Mimir

Angrboda

Fenrir

Jormungand

3.6 Hel

4 Les Nornes et Dises

J’ai volontairement placé les Nornes et les Dises en 4eme position bien qu’elles fassent partie du « trio de divinité » avec les Ases et les Vanes. Pas parce qu’elles sont moins importantes, au contraire, mais parce qu’elles sont très importantes bien qu’elles ne soient souvent pas les « héroïnes » des poèmes skaldiques directes, surtout les Nornes. Les Dises sont l’équivalents des moires ou des parques chez les grecs et romains. Elles ont une fonction essentielle : celle de tisser les fils du Destin auquel tous, mortels comme immortels et à ce titre les dieux, sont soumis et ce sans exception.

2 – Les principes directeurs de la vie des anciens scandinaves et germains

2.1 Le destin, l’essence même du sacré

La Voluspà est le poème montrant le plus cette notion de Destin comme présidant à tout le cosmos.

Depuis leur création par Odin, Vile et Vé à partir d’un frêne flottant sur l’eau : tronc pour l’homme et branches pour la femme. (cf illustration d’Yggdrasil), les humains

2.2 L’importance de la parole donnée

Le maître-constructeur non-payé,

la rupture de parole Ases / Vanes dans l’équilibre des échanges

La saga de Siegfried

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