La révolution néolithique : comment l’agriculture a changé l’humanité

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L’humain, grand singe frugivore devenu omnivore au fil de l’évolution, était un « chasseur-cueilleur ». Nomade, il se déplaçait souvent, au grès des saisons et des troupeaux de proies lui servant d’alimentation. La famille moderne, nucléaire, c’est-à-dire comportant deux parents et un ou des enfants, n’existait pas encore non plus. La paternité était presque une inconnue dans cette société protofamiliale où tous s’entraidaient et les tâches étaient, d’après l’étude des dents, mâchoires et divers os, probablement réparties, mais aussi égalitaires.

Si l’homme plus grand et plus fort chassait, la femme plus adroite et précise taillait probablement les pierres (silex) pour la chasse en plus de s’occuper de la cueillette et des enfants, avec en particulier la diversification alimentaire à gérer. Ce mode de vie va perdurer durant la très longue période du paléolithique, environ 3 millions d’années av. J.-C. jusqu’à +ou- 15 à 11 000 ans av. J.-C. selon les régions du monde). Il est important de noter que la femme pouvait chasser aussi à cette époque, mais pas avec les mêmes outils. Les études montrent que ses « armes » étaient le filet ou le bâton, pas les poignards ou les lances avec pointes en silex. Certains anthropologues avancent que déjà la division sexuelle du travail était opérée au paléolithique en raison du sang (comme dans les dernières civilisations de ce type encore existantes) et du tabou probablement déjà présent concernant les menstruations féminines.

Le mésolithique va commencer à changer la donne avec le développement de l’arc pour la chasse et la perte des troupeaux de très gros herbivores. Je vise bien entendu par cette dénomination les mammouths, rhinocéros laineux, mégathérium ou autres megaloceros. Tous étaient des mammifères faisant partie de la « mégafaune » d’avant l’holocène, et s’étant éteints il y a entre 20 000 et 10000 ans av. J.-C. selon les régions du monde. Cette extinction est cumulative du réchauffement climatique de l’époque (fin de l’ère glaciaire) et de l’activité humaine, en particulier de la chasse.

Chasseur-cueilleur, le mode de vie de l’humanité avant l’agriculture

Pour en revenir à nous, êtres humains, de nombreuses études montrèrent de manière assez fiable que la taille moyenne était d’environ 1m79 pour les hommes et de 1m65 pour les femmes pour l’humain du paléolithique. Soit environ la taille moyenne actuelle, sachant que nous avons connu une augmentation de notre taille durant le dernier siècle et plus particulièrement entre 1960 et 1990 en raison d’une meilleure alimentation (plus de protéines, plus de variété et moins de famines). Avec l’adoption progressive de l’agriculture au néolithique, il y a environ 10000 ans (soit 8000-8500 av. J.-C.), l’humain a perdu un peu moins de 10 à 15cm en moyenne, passant à 1m66 pour les hommes et 1m55 pour les femmes. C’est malheureusement une erreur classique de penser que la taille de l’être humain n’a cessé de croître ou a minima de stagner au fil du temps. Le poids aussi a évolué, grand et mince, les humains du paléolithique, grands et élancés -respectivement 67kg chez les hommes et 54kg chez les femmes- vont devenir plus trapus et ramassés, avec cette fois respectivement 62kg et 50kg. Note : les valeurs peuvent varier un peu selon les sources, mais les ordres de grandeur sont globalement les mêmes.

La raison de cette baisse de taille et de l’augmentation proportionnelle du poids ? Elle est pour partie liée à une diminution de la valeur nutritionnelle, en mangeant des céréales plus riches en acide phytique (phosphore déminéralisant) issues de l’agriculture tels le blé, le petit épeautre et l’orge ainsi que de la viande plus grasse avec les animaux d’élevages, remplaçant celle, d’une meilleure valeur nutritionnelle, de la chasse du gros gibier. L’autre facteur est l’agression alimentaire que constituent alors les famines touchant des groupes sédentaires plus larges. Enfin, le réchauffement climatique de l’époque a eu également une influence non négligeable. Le facteur génétique (mutation) n’est donc pas à même d’expliquer à lui seul cette évolution, c’est l’approche mésologique du phénomène qui permet de comprendre, comment ce changement a pu s’opérer.

Cette période de l’histoire est globalement enseignée au collège dans le cycle d’études en France lors des cours d’Histoire. Il devrait donc être vaguement familier. Néanmoins j’ai choisi une approche légèrement différente du sujet, car si vous êtes attentifs à la date de publication (juste avant le 8 mars – journée internationale des droits des femmes), je trouvais opportun d’expliquer le déséquilibre dans les droits homme-femme de nos sociétés modernes. Certes, va être abordé tout le processus de transformation sociale des groupes humains en raison de l’adoption de l’agriculture, mais le sera également le glissement vers les religions et la cristallisation de la position infra de la femme vis-à-vis de l’homme. À noter que le « néolithique » est une période variable dans sa datation selon les régions du monde, mais il sera question, ici, essentiellement de cette période à travers le Moyen-Orient et le bassin méditerranéen, première région du monde à avoir opéré la bascule.

La diffusion de l’agriculture dans le monde (le néolithique est une période « variable » en fonction des régions) – image source CNRS

1 – L’acquisition des techniques d’agriculture : grandes étapes et conséquences

1.1 la domestication des plantes et des animaux

La domestication des animaux pour l’élevage au néolithique

Le paléolithique et le mésolithique marquaient pour le premier l’exclusivité du mode de vie de chasseur-cueilleur de l’être humain en étant nomade sur de grandes étendues, tandis que le second commençait à amorcer les changements avec des déplacements moins importants et des territoires plus privilégiés. Le néolithique qui leur succède donc sera l’avènement de la sédentarisation de l’humain. Les causes de cette sédentarisation sont essentiellement liées à l’agriculture, qui nécessite de cultiver une terre en fonction du cycle des saisons pour en tirer des fruits (céréales, arbres fruitiers ou baies dans un premier temps). On notera que l’humain n’est donc pas… végétarien ni même végan par définition. C’est même très récent l’introduction de la protéine végétale dans l’histoire de l’humanité !

Comme mentionnés en introduction, les premiers plants sélectionnés sont les céréales à grandes graines, qui s’adaptaient bien aux conditions du croissant fertile (les vallées du Tigre et de l’Euphrate en ancienne Mésopotamie et celle du Nil en ancienne Égypte) avec une saison des pluies courte et une longue période plus sèche. Ces céréales permirent de faire des farines, et donc du pain tout en ayant un apport légèrement protéiné à même de compléter celui de la viande ou du poisson. De même furent sélectionnées les figues (dès le mésolithique), car facilement bouturable, des traces ont été retrouvées plus de 11000 ans av. J.-C..

La domestication des animaux est pour partie plus ancienne, le loup étant l’exemple évident tant il a été utilisé au paléolithique pour la casse après sélection génétique progressive des individus les plus sociaux pour cohabiter avec les hommes et amenant au façonnement du chien. Mais ce qui est important lors de cette période néolithique, c’est la transition opérée entre la chasse et l’élevage des proies. Les grands herbivores ayant réduit en taille avec la disparition progressive de la mégafaune comme évoquée plus avant dans le propos, il fut alors possible de domestiquer dans un premier temps le mouton (il y a plus de 11000 ans), la chèvre, la vache et le porc. Les trois premiers avaient en plus l’avantage de fournir une source protéinée (et parfois grasse) pérenne avec le lait. Les volailles telles que la poule ont été domestiquées dans la foulée, mais plutôt en Asie du Sud-est dans un premier temps (environ 8000 ans av. J.-C.). L’humain allait donc pouvoir garder auprès de lui la source de protéine indispensable à son alimentation et à l’assise de sa structure sociétale. Mais ce ne fut pas sans poser quelques problèmes, outre ceux de la réduction de la taille et parallèlement l’augmentation du poids moyen des individus.

1.2 les maladies nouvelles liées au changement de l’alimentation

Vivre en compagnie d’animaux a eu des conséquences, notamment l’apparition de maladies nouvelles, transmissibles de l’animal à l’homme ou tout simplement pour des questions de salubrité. Néanmoins, si des études ont pu démontrer ce problème qui semble somme toute logique, aucune n’a pu mettre en évidence des pandémies telles qu’elles auraient pu faire vaciller l’humanité et remettre en question ce mode de vie sédentaire et agraire. De plus, ce n’est pas le seul facteur expliquant la mauvaise santé globale (espérance de vie moindre qu’au paléolithique et mésolithique) retrouvée sur les ossements de nos lointains ancêtres. L’autre facteur déterminant a été la concentration de population bien plus importante et vivant de manière fixe sur site qu’a pu entraîner la sédentarisation liée à l’agriculture. Il faut se rendre à l’évidence le tout à l’égout n’existait pas et la gestion des déchets était somme toute limitée.

Attention toutefois, longtemps nous avons pensé que les caries résultaient de la découverte de l’agriculture et de l’apport du sucre dans les céréales. Ce n’est pas tout à fait vrai. Elles se sont généralisées avec l’agriculture, mais déjà au paléolithique, selon les végétaux sauvages consommés par l’humain, elles pouvaient se développer comme en témoigne cette étude réalisée par le Muséum d’Histoire Naturelle de Londres sur une communauté ayant vécu entre 15000 et 13500 ans av. J.-C. dans les grottes des Pigeons au Maroc.

De plus, la perte relative de la chasse, qui n’était alors plus qu’une activité annexe surtout reconnue pour les valeurs cynégétiques des chasseurs et donc entraînant un certain prestige a eu pour conséquence, une perte substantielle de la qualité des viandes. En effet, le gibier possède une valeur nutritionnelle plus haute et en particulier une meilleure teneur en fer. Les paléoanthropologues ont tendance à fortement accréditer la thèse de l’anémie ferriprive généralisée à cette période en raison du régime alimentaire fortement céréalier et donc faible en fer comparativement à la viande rouge, mais encore plus la viande d’animaux sauvages. Et cela vaut encore plus pour les femmes en âge de procréer qui eurent donc une perte d’énergie plus conséquente, les cantonnant probablement un peu plus à un rôle subalterne de l’homme. Ce sujet sera abordé un peu plus loin dans l’article.

1.3 l’irrigation, le labour et le stockage : la naissance des premières grandes civilisations

L’agriculture prend forme au Néolithique

L’humanité à la fin de la glaciation peut donc commencer à se regrouper en villages plus facilement et par goût d’un certain confort, évitant ainsi aux femmes enceintes, aux enfants ainsi qu’aux plus âgés ou blessés de devoir se mouvoir sans cesse. Les céréales poussant naturellement et surtout plus facilement des suites du changement climatique, les humains trouvent là une source cultivable assez facilement de nourriture, évitant alors d’aller chercher de quoi se nourrir toujours plus loin en raison de l’augmentation démographique.

Si les vallées du croissant fertile furent les plus aptes à accueillir ce changement de mode de vie dans un premier temps, c’est bien entendu lié à la latitude (les plantations ayant un rapport au développement dit « horizontal » et non « vertical ») qui est somme toute la même sur l’ensemble de la région. Mais pas que ! L’autre point important est sans conteste l’accès à l’eau pour les cultures. Ces fleuves jouant aussi un rôle important pour la part de l’alimentation piscivore, l’accès à l’eau tout simplement et par la suite pour le commerce avec le développement des bateaux.

Même si le passage à l’élevage a pu engendrer des désagréments pour l’humanité il a eu de nombreux bénéfices, tels que la force de travail apportée par les animaux en particulier pour le labour des champs. Le soc de la charrue par exemple a très vite été tiré par la force des boeufs et plus tardivement des chevaux. De plus les espèces élevées fournissent (comme encore aujourd’hui), engrais naturel, cuir, laine et diverses graisses utiles.

Une des plus vieilles roues du monde

L’être humain va alors faire preuve d’ingéniosité pour traiter le fruit de son labeur : faucille en silex fixé par du bitume et de la corde, bâton à battre les épis fauchés, hache polie dont la lame est moins cassante, mortier pour moudre le grain, premiers fours pour la terre cuite… l’essor paraît alors inéluctable et les échanges commerciaux entre les civilisations du croissant fertile ainsi qu’ensuite avec celles de la région de l’Indus (qui elle-même va influencer la région chinoise et d’Asie du sud-est) vont transformer considérablement les communautés humaines. De plus, c’est au néolithique que la métallurgie va elle aussi faire son apparition, permettant d’améliorer les fours et les outils en général. L’outil majeur qui sera inventé au cours du IVe millénaire av. J.-C. ne sera autre que la roue. Longtemps attribuées à la zone de Sumer (comme le tour de potier), des découvertes récentes attestent de sa présence en Europe de l’Est vers le milieu de ce IVe millénaire.

Mais revenons à l’agriculture, comprenant très vite qu’il fallait conserver les grains ainsi cultivés et ramassés, le stockage deviendra alors une priorité, tout comme la gestion des ressources. Les communautés vont alors devoir se répartir les tâches, certains vont alors se spécialiser dans l’agriculture, d’autres dans la poterie, la taille, le coupage du bois, la pêche ou encore la construction des bâtisses. Les bases de l’économie telle que l’humanité va la connaître jusqu’à encore aujourd’hui sont alors lancées !

Un exemple de village palafittique (reconstitution d’un village lacustre) période néolithique sur le lac de Constance en Allemagne

2 – Des changements sociaux majeurs du néolithique à l’antiquité

2.1 la hiérarchisation de la société

2.1.1 l’apparition de l’élite dirigeante

Gilgamesh et Enkidu

Gouverner, c’est prévoir ! Qu’à cela ne tienne, l’accumulation de richesses au néolithique va avoir pour conséquence l’émergence d’une caste dirigeante. C’était, si j’ose dire, inéluctable. Les cités-états et les premiers grands empires se forment à cette période d’évolution rapide de l’humanité, quand bien même elle n’est pas homogène sur la surface du globe. Avec les besoins en ressources et la gestion qui en découle, les administrateurs et marchands vont vite prendre une place prépondérante dans la cité (et donc dans les empires ou royaumes) et des dynasties vont se former. Nous n’avons pas réellement de données sur ces rois du néolithique, mais il est évident que la structure sociale n’a pas basculé soudainement avec l’écriture et qu’elle a été profondément transformée en ce sens bien en amont.

Les plus vieux rois connus à Sumer (région entre l’Euphrate et le Tigre) sont listés sur des tablettes dont les plus anciennes mentionnent des rois « antédiluviens ». Il est évident qu’il s’agit de rois légendaires plus qu’historiques, ayant pour but pour d’asseoir des dynasties. Les premiers de cette liste ayant régné entre 25 et 35000 ans chacun et le tout premier d’entre eux, n’était rien de moins que le fils d’Ea / Enki (divinité sumérienne très importante et qui interviendra lors du déluge pour sauver l’humanité. Ce récit fait partie intégrante de l’épopée de Gilgamesh) ! Au passage, en aparté, il est intéressant de constater que le mythe du déluge est quasiment universel, bien que relaté différemment à travers les mythes religieux qu’ils soient polythéistes ou monothéistes. Le lien sur le déluge évoque les pistes de catastrophes géologiquement datées et ayant très probablement servi de base aux mythes sur ce thème.

2.1.2 l’apparition des guerriers pour la protection ou l’acquisition des ressources du voisin

L’autre conséquence directe de l’accumulation de richesses et de ressources n’allait être que celle des convoitises. Par conséquent, il a fallu instaurer une caste guerrière pour protéger les populations des razzias, pillages, et autres guerres. Il est notable que vers 7000 av. J.-C., un goulet d’étranglement génétique eu lieu au niveau de l’humanité avec un appauvrissement notable dans le chromosome Y (le masculin). Si la première étude (2015) émise sur le sujet faisait la part belle aux affres d’une reproduction limitées aux puissants et donc à un moindre brassage génétique lors des accouplements, en raison justement de l’accumulation des richesses, elle fut trois ans plus tard battue en brèche par des modélisations mathématiques. Ces dernières mirent en évidence que le facteur le plus probable était le caractère patrilinéaire des sociétés et des conflits importants de l’époque. Les vaincus étant tués et les vainqueurs prenant les femmes vivantes pour se reproduire, la conséquence ne pouvait être qu’une baisse de la richesse génétique humaine et en particulier… masculine.

De plus, avec les découvertes dans le domaine des outils, l’armement se perfectionne dans la continuité des avancées du mésolithique qui a connu l’adoption de l’arc et de la flèche au profit des seules lances. La métallurgie commence à se développer elle aussi d’abord le cuivre « à froid » modelé en tapant dessus, puis ils s’apercevront qu’il est plus malléable chauffé. De fait des convoitises que suscitent les ressources stockées et les richesses, les hommes, plus forts physiquement vont logiquement être enrôlés pour combattre. Laissant encore plus les femmes au travail des champs et aux foyers. Si pendant longtemps l’humain préhistorique a été perçu comme un sauvage violent et guerrier, ce n’est, d’après de nombreux anthropologues dont Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS, qu’avec le néolithique que notre espèce a développé la guerre en raison du développement économique précité.

2.1.3 l’apparition des religions : le néolithique, comme terreau des formes connues sous l’Antiquité

Odin – The Allfather (Scandinavie) vikings mais aussi chez les germains (déjà à l’âge du bronze), devra avec ses frères Vili et Vé, tuer Ymir, le premier géant des glaces pour créer le monde et ordonner l’Univers

Avant la révolution agricole de cette période de l’Histoire humaine, les hommes et les femmes se considéraient comme faisant partie intégrante de leur environnement. Les religions n’existaient pas au sens où on emploie aujourd’hui ce terme (des divinités conscientes et démiurgiques). Le rapport aux morts pouvait déjà exister, mais il n’avait, de ce que l’on a pu retrouver, rien à voir avec les rites qui ont commencé à se mettre en place au néolithique. Dans la première moitié de cette ère de notre histoire étaient vénérées la fertilité (la femme) et la force (le boeuf, le détroit du Bosphore porte ce nom en conséquence). Les nombreuses « Vénus » retrouvées en attestent et cette forme de culte a perduré jusqu’à ce que les changements sociaux et sociétaux opèrent.

Avec la capacité de modifier son environnement, entre les cultures et les constructions, l’humanité va se mettre à façonner des dieux… à son image, expliquant la création du monde, les phénomènes naturels qu’ils (les dieux) maîtrisent, mais aussi les rapports humains entre eux dont certaines positions sociales. Je fais bien entendu allusion aux rois et empereurs, tous de droit divin ou sous les bonnes faveurs divines, comme c’est pratique… mais également à la position dominante de l’homme… sur la femme. C’est la conséquence logique de la révolution du néolithique et cette thèse est fortement accréditée par les formes de cultes et les mythes qui vont s’organiser sous la période suivante.

Les religions de l’antiquité contrairement à celles du néolithique vont nous être plus détaillées grâce à l’acquisition de l’écriture, l’humanité passant alors de la préhistoire à l’histoire (environ 3000 av. J.-C.). Néanmoins toutes auront comme socle commun : le patron est une figure masculine, même s’il a une épouse représentant quasi toujours la fertilité (terre mère, la « gaïa » des grecs, si on veut un nom qui parle au plus grand nombre). Il est intéressant de noter que Yahvé, le Dieu unique de la Bible (YHWH), avait à l’origine une épouse : Ashera. Mais celle-ci fut progressivement gommée pour ne laisser place qu’à l’Unique. Cette tendance était le reflet des sociétés humaines, les dieux n’étant après tout que des avatars inventés par les hommes (et là attention, je distingue bien « homme » de « humanité »).

On peut également mentionner le culte supposé de la « déesse-mère », mais comme le précisait Alain Testart, anthropologue français du CNRS et du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, ce qui est symbolique n’est pas forcément religieux. Et si au paléolithique et mésolithique le culte de la déesse mère pouvait préfigurer, au néolithique, les rapports de force ont largement pu opérer et la position masculine devenir dominante, justifiant la mise au ban progressive de la femme y compris dans la religion où la figure masculine domine : « Les mythes avant de décrire le passé, servent avant tout à justifier l’organisation sociale présente« .

2.2 la mise en place du patriarcat

2.2.1 la notion de propriété et l’adoption de la patrilinéarité

Qui dit accumulation de richesse et caste dirigeante dit également pouvoir. En règle générale, on n’aime pas trop perdre ce pouvoir, et si possible, on essaye de le transmettre à la descendance. Aussi, il faut l’identifier et s’assurer d’en être le géniteur. La mère est forcément identifiable, l’enfant sort de son ventre, mais le père lui… l’est beaucoup moins de manière certaine. C’est sur ce fondement que le patriarcat va limiter les relations sexuelles et marquer la domination du sexe masculin sur le féminin. Au paléolithique, la famille était le clan tout entier selon une thèse communément admise par les anthropologues. Le mésolithique verra déjà cette famille se réduire aux enfants, parents et grands-parents avec des déplacements de moins grandes distances.

Dès lors, il semble évident que le glissement opéré a continué avec la nouvelle organisation économique et donc sociale des sociétés humaines. La captation des richesses devant être préservée, l’organisation se fait plus militaire aussi bien dans l’administration du village puis de la cité et donc de la famille. Non limités dans leurs mouvements par la maternité, les hommes s’arrogent le pouvoir et entendent le garder en imposant la patrilinéarité. Le pouvoir temporel (administration de la cité et par extension de la famille) sera donc confisqué aux femmes et cette tendance se confirmera, presque naturellement, à l’Antiquité.

2.2.2 la confiscation du pouvoir spirituel pour les femmes à l’antiquité (fin du néolithique)

Les hommes ont donc privé les femmes du pouvoir temporel. Mais pour réellement sceller cette domination, il fallait l’allier à la religion. Aussi et progressivement, les femmes se verront également barrer la route du pouvoir dit spirituel et la prêtrise est limitée à certains cultes (mais peuvent aussi être exclusifs). Les divinités féminines ne manquent pas, leurs qualités peuvent même parfois être guerrières (bien que ce soit plus rare et plus tardif). Si je prends une des plus vieilles religions païennes du monde, bien qu’un peu désordonné, en l’espèce la religion de Sumer (Mésopotamie), l’épopée de la création (Enuma Elish) raconte comment Marduk, dieu masculin a séparé le ciel et la terre pour créer le monde après avoir vaincu Tiamat, la mère des dieux. Il fabriquera le monde à partir des restes de son corps. Il s’agit d’un thème récurent, l’homme prend le pas sur la femme et la force ordonne l’Univers après la fertilité.

Là encore petit aparté et tout comme le déluge, ce thème du masculin renversant le féminin est récurent dans de nombreux mythes religieux. De même que la seconde ou troisième génération de dieux qui finit par destituer celle qui gouverne de manière moins ordonnée, symbolique de l’humain s’affranchissant des forces chaotiques élémentaires primordiales. Zeus combattra les titans et surtout son père Cronos de Gaïa sur son incitation car elle recherche le « souverain parfait » de l’univers (sa grand-mère – la déesse mère) puis les géants, symboles de la nature sauvage (ce qui déplaît à Gaïa), les hécatonchires et pour finir Typhon ultime tempête par l’intermédiaire duquel Gaïa tente de renverser Zeus.

Ce qu’il faut retenir c’est que les plus grands prélats seront par la suite tous masculins et seront garants de la bonne façon de s’adonner à l’adoration des dieux. Sans surprise, les monothéismes auront aussi cet objectif : rendre au dieu unique (ou ses avatars si on se place dans l’optique de l’hindouisme ou du bouddhisme) l’adoration qu’il mérite ! Et sauf rares courants au sein des religions actuelles (protestantisme et le courant progressiste juif), les ordonnateurs du culte… sont tous des hommes !

Luz (ancien de Charlie Hebdo) et son humour satirique, résume assez bien la position des monothéismes abrahamiques (et des autres au passage)

Cette époque charnière pour l’humanité est donc très intéressante d’un point de vue sociologique. Elle permet de comprendre la bascule entre les économies de chasseurs-cueilleurs et celle plus structurée et sédentaire de l’agriculture. Cette dernière aura permis l’essor de nouvelles techniques (métallurgie, porterie et roue) qui vont elles-mêmes permettre le développement de civilisations plus complexes, que des cités soient érigées, que le concept de « d’État-nation » puisse voir le jour. Mais elle va aussi entraîner un bouleversement conséquent des rapports de force avec une sexualisation encore plus importante des rôles dont nous peinons encore aujourd’hui, à sortir. Les religions étant passées par là pour cristalliser le modèle social existant, lui trouvant une justification divine pour le rendre difficilement contestable, et ce, tant que l’humain ne s’en affranchira pas complètement.

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