Comment nourrir le monde à l’horizon 2050, et après ?

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La question de l’alimentation sera une sorte de fil rouge sur le XXIe siècle en raison de l’accroissement de la population mondiale (9,5Mds en 2050, 11 Mds en 2010). Il faut se rendre à l’évidence, si le défi majeur n°1 est de réduire nos émissions de GES pour limiter les effets du réchauffement, le n°2 sera assurément celui de gérer convenablement l’une des causes principales de celui-ci alors même qu’elle en est en retour, fortement impacté par ses effets : je veux bien sûr parler de l’agriculture mondiale.

Selon les données fournies par la « FAO », environ 11 à 12% de la surface émergée de notre planète sont occupés par les cultures végétales diverses et variées et environ 18 à 20% le sont, pour les besoins de l’élevage des animaux (pâtures). De cette utilisation des sols, pas loin de 40% des habitants à travers le monde en vivent. On peut donc dire que le besoin primaire de se nourrir est toujours aussi important d’autant plus qu’il faut prévoir une hausse d’environ 10% du nombre d’hectares affectés à l’agriculture végétale pour 2050 d’après les estimations. En clair, malgré notre avancement technologique, malgré la modernisation de nos sociétés et l’emballement urbain, nous aurons besoin de plus de terres arables. Pour subvenir aux besoins alimentaires de 7,5 milliards d’individus et bientôt 9,5 milliards en 2050, l’offre va devoir faire face à un double défi : augmenter la production d’environ 30 à 40% en général, mais plus particulièrement pouvoir répondre à la demande en forte hausse de viandes dans les pays effectuant leur révolution agricole après leur révolution industrielle si les projections ne changent pas.

La question est, comment produire autant en n’ayant finalement que 10% de la surface mondiale en plus affectée à cet objectif ? Selon les estimations, les pays en voie de développement vont faire leur révolution agricole et donc passer à des exploitations à plus grande échelle, permettant de produire plus à l’hectare pour un produit (végétal) donné. Ça, c’est la théorie. Mais en pratique est-ce vraiment le cas d’une part ? Et tout simplement, est-ce souhaitable dans un contexte de réchauffement climatique et de pollution mettant à mal la biodiversité ? Ce n’est plus un secret pour personne et ce sujet mérite un article à part entière, mais pour donner une idée, je conseille cet article sur lemonde.fr (pour les abonnés) synthétisant l’ampleur du désastre. Parmi les causes, il y a certes le réchauffement, mais également toute la pollution générée par l’activité industrielle sous toutes ses formes et donc, sans oublier l’activité agricole de l’humain. Sur ce dernier point, je cible tout particulièrement les déforestations massives pour obtenir de nouvelles terres arables (essentiellement pour l’huile de palme et le soja) et bien sûr la pollution des sols.

1- L’appauvrissement des sols en raison des pratiques de l’industrie agroalimentaire actuelle

Avant l’avènement de la motorisation et du tracteur, les sols étaient cultivés et labourés par la force mécanique humaine ou animale. Je veux bien entendu parler du bon vieux coup de bêche ou de la binette ainsi que de la charrue. Avec une agriculture de ce type, la production était certes moins élevée compte tenu du manque de connaissances scientifiques sur le sujet des « paysans » bien qu’ils avaient une bonne connaissance « empirique ». Non optimisée, elle pourvoyait en revanche à beaucoup d’emplois. L’agriculture n’était pas vraiment soumise au capitalisme et la productivité n’était pas le maître mot.

Puis eu lieu la révolution agricole. On peut la scinder en deux temps. Le premier, celui de la révolution fourragère s’est fait au XVIIIe siècle. La productivité est alors devenue une notion essentielle et le capitalisme a commencé à investir un monde qui tournait uniquement au rythme des saisons, mais ça, c’était avant. Ensuite vint la seconde révolution agricole : avec la motorisation, le tracteur remplaçant alors l’humain et l’animal au labour et les intrants issus de la chimie pétrolifère faisant leur apparition pour booster la production (encore) et s’affranchir au moins en partie du rythme des saisons.

Des champs d’avocats au Mexique – photo Nouvel Obs

Nous sommes en début de l’année 2020 et je vous propose un simple test à faire autour de vous de deux fruits consommés comme des légumes et que normalement tout le monde connaît. Tout d’abord celui-ci : qui est capable de donner l’exacte saison de production des tomates ? Comme nous pouvons en manger toute l’année même en production européenne ou à tout le moins méditerranéenne (merci la production sous serre), nous savons vaguement qu’elles sont produites en été. C’est a priori assez facile, mais moins en demandant d’être plus précis. Ensuite, plus dur, posez la même question pour le deuxième : l’avocat. Ultra-tendance pour son « bon gras », ses antioxydants et ses fibres, n’oubliez quand même pas qu’il est systématiquement importé pour notre consommation française, et très très rarement du pays voisin (il existe bien une petite production dans le sud de l’Espagne). Il a plutôt pour provenance le continent d’en face : Mexique en premier lieu, fléau écologique avec un « bio » inexistant, ou encore République Dominicaine et Etats-Unis. Il peut également provenir d’Israël. Bref, vous l’aurez compris, la mondialisation c’est aussi pour l’agriculture, ce n’est pas uniquement pour les biens de consommation de type « équipements et accessoires ». Au passage, il faut 1000 litres d’eau pour deux avocats et demi mexicains en moyenne.

Pour arriver à ce résultat d’un « rallongement des saisons » ou d’une consommation à l’autre bout du monde, il faut… beaucoup de pétrole, parmi d’autres saloperies bien sûr, mais je vais y venir. Eh oui, il faut de l’essence pour le tracteur, mais il en faut aussi pour l’épandage, le transport routier, les camions frigorifiques, les expéditions de fruits et légumes par gros porteurs (tankers maritimes) ou encore par avions selon les produits ! Mais comble du bonheur, l’or noir est également pour… les engrais. La pétrochimie est essentielle pour les intrants utilisés dans les déserts écologiques des grandes exploitations agricoles. En particulier les céréalières ou celles de la filière du soja. Regardez la Beauce avec un petit « Googling » pour être convaincus de l’ampleur des dégâts.

Le phosphore est un engrais minéral essentiel pour le développement d’une plante (il participe avec l’azote à la photosynthèse), aussi et pour soutenir la production mondiale, nos cultures ont recours aux phosphates de synthèses, voire aux « superphosphates » qui enrichissent grandement le sol de cet élément. Disponible à l’état naturel dans des proportions raisonnables pour la terre et les organismes qui y vivent sous la surface, il ne l’est pas en quantité suffisante pour soutenir la monoculture intensive qui est imposée par l’industrie agroalimentaire. Mais lorsque du phosphate est balancé en grande quantité, pour commencer, il faut bien avoir à l’esprit qu’il n’est pas utilisé « seul », il y a tout un tas d’éléments l’accompagnant résultant de sa synthèse. Ces derniers comme le cadmium peuvent être très polluants pour les sols. Mais surtout, s’il est bioassimilable par les organismes vivants autres que les plantes, il ne l’est pas lorsqu’il sature le sol où il est épandu.

Une vidéo d’illustration entre un sol mort et un vivant
avec l’action de l’eau

Quelles sont les conséquences de l’opération d’enrichissement des sols pour soutenir la production mondiale avec ce mode de culture ? Pour faire simple, cela se traduit par une première étape d’amélioration des monocultures phosphatées par l’humain. La seconde étape est moins réjouissante, les plants, par cet apport surabondant de phosphate, vont progressivement perdre leur faculté à l’assimiler naturellement pour nombre d’entre eux. Par voie de corrélation, il faudra donc toujours plus de phosphate pour les alimenter, et le fait d’entretenir mécaniquement ce mécanisme à la base innée va entraîner une diminution du rendement sur la surface agricole ainsi traitée.

L’autre grand bouleversement, ce sont les pesticides répandus en sus du phosphate. Les plantes étant sous perfusion humaine, elles ont d’autant plus besoin d’une source de protection pour lutter contre les ravageurs naturels que normalement, elles peuvent supporter. Aussi, interviennent les produits chimiques visant à tuer les insectes ou les « mauvaises herbes ». Nous assistons littéralement à un appauvrissement des sols, des pertes conséquentes de l’eau qui ne va plus être retenue dans une terre devenue « morte » faute d’acteurs organiques (vers de terre en particulier) pour la rendre vivante. L’échange devient alors très limité entre la couche argileuse et la surface directe plus sèche.

Ces intrants (phosphates et nitrates) non absorbés par les plantes vont eux aller dans les cours d’eau puis les océans, ce qui entraîne une prolifération des algues qui les absorbent et libèrent en retour massivement du CO2, on appelle ça l’eutrophisation. Ce phénomène est une des causes principales de l’acidification des océans. La boucle est bouclée, non contents de tuer les sols, nous pouvons tout à fait finir par décimer la vie aquatique, qu’elle soit d’eau douce ou marine. Mais non voyons, l’anthropocène… c’est une fantaisie d’après les climatosceptiques !

2- Repenser notre production agricole ainsi que notre alimentation de manière globale

Il va sans dire que la population humaine qui augmente va accroître la pression agricole sur notre planète. En partant de ce postulat, il est grand temps de modifier certaines de nos habitudes, en balayant la question de la production à l’assiette, sans oublier… la poubelle !

Le premier axe : réduire le gaspillage et réduire l’apport en calorie globale.

Vous lisez bien, j’entame la réflexion en commençant par la fin de notre processus d’alimentation ! Je vais aborder en premier lieu, les restes de nos repas. Le « gaspi alimentaire » comme on l’appelle, représente environ 10 millions de tonnes chaque année, rien qu’en France concernant les seuls repas des ménages. Comme vous pouvez le lire sur l’infographie insérée dans l’article mis en lien, cela représente environ un repas par famille par semaine. Il est donc évident que sur cet axe… nous pouvons faire beaucoup mieux. L’abondance générale et en particulier celle dans les supermarchés n’aide pas à prendre conscience que les ressources sont limitées, que la Terre est en surrégime pour répondre à notre demande de produits agricoles.

source – ADEME

Cet effort à fournir ne doit pas se limiter aux seuls foyers. Il doit aussi et surtout s’étendre aux restaurations collectives, aux restaurations rapides ainsi qu’aux supermarchés. L’ADEME pointe justement le cas de la restauration collective, et en France, un guide a même été mis à disposition pour donner des axes de réflexions permettant de le limiter.

Mais d’ailleurs, pourquoi notre demande est-elle si forte ? Est-ce uniquement lié au nombre d’êtres humains ? Avancer que ce paramètre ne serait pas essentiel serait faux en plus d’être malhonnête intellectuellement. La population mondiale est le premier facteur de la pression écologique de l’homme sur la planète. Bien sûr notre mode de vie pourrait être largement remanié pour en réduire l’empreinte, y compris l’alimentation, puisqu’il est question de ça dans cet article. Mais il faut garder à l’esprit ce simple fait inéluctable : nous vivons, nous consommons, donc nous avons une empreinte qui ne peut être neutre.

Une fois qu’on a accepté ce simple postulat, on peut se pencher sur l’alimentation seule. L’apport calorique, c’est-à-dire la quantité de joules ingurgitée permettant à notre corps d’obtenir l’énergie nécessaire à son bon fonctionnement (motricité, éveil, réflexion cérébrale et renouvellement cellulaire ou croissance pour un enfant) est un bon indicateur de l’évolution de notre alimentation. La calorie est une unité de mesure de l’énergie hors du système international (initialement la quantité d’énergie nécessaire pour augmenter la température d’un gramme d’eau liquide de 14,5 à 15,5°C), elle n’est plus utilisée qu’en diététique.

Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, l’apport calorique a fortement augmenté, en corrélation avec la forte période de paix et donc de prospérité de l’après-guerre, accompagnant par là même le « baby-boom » (pour rappel, ce sont les naissances ayant eu lieu entre 1946/1964 dans les pays développés). Il a tellement augmenté que c’est devenu une cause de crise majeure de la santé publique, dans un premier temps outre-Atlantique (l’Oncle Sam étant toujours à la pointe, y compris de la connerie humaine) et progressivement, c’est venu chez nous, en Europe ainsi que dans le reste du monde. Il n’y a qu’à regarder le taux moyen de calories par jour et par personne disponible sur wikipédia (chiffres fiables, juste que cette page synthétise les données fournies par les différents ministères de santé).

Les recommandations sont d’environ 2000 à 2500 calories par jour pour un homme adulte sédentaire et un peu actif, de 2500 à 3000 pour un sportif, et plus de 3000 selon certains sports et la fréquence de cette activité. Pour une femme en reprenant le même ordre, nous allons obtenir des fourchettes allant de 1800 à 2200, puis de 2200 à 2700 et donc 2700 et plus. Si je prends le cas d’un joueur de rugby professionnel, la moyenne passe de 4000 à 4200 pour les avants, et 3700 à 4000 pour les trois-quarts. Donc vouloir respecter, stricto sensu la moyenne recommandée, est stupide. Comme à chaque fois que l’on parle de moyenne.

Quand Wall-E devient une véritable oeuvre d’anticipation

Néanmoins, il est indéniable que l’occident consomme trop. Trop en quantité et trop riche (acides gras saturés, protéines inutiles pour un non-sportif). Par conséquent, l’avenir est à un retour à une consommation plus raisonnée. Le slogan officiel revisité donnerait alors : Mangez moins, mangez plus équilibré, et n’oubliez pas de bouger plus ! Quand vous prenez la composition des produits transformés disponibles en supermarchés (plats déjà cuisinés, « snacks », soda, etc), c’est un crime contre l’humanité à ce stade. Mais encore, si ce n’était « que » contre l’humanité… c’est un crime contre la planète toute entière, parce qu’il faut soutenir la production pour livrer dans les rayons de nos grandes enseignes ce genre de saloperies qui contiennent en prime autant d’emballages que de nourriture de piètre qualité, soit dit en passant. En changeant notre consommation et en réduisant notre apport en sucres, acides gras, mais aussi en viandes pour ne pas en surconsommer, et quand bien même si c’est délicieux sur le plan gustatif, nous pouvons et nous devons fortement réduire notre empreinte carbone.

Le deuxième axe : revenir à une culture raisonnée. Principe de la permaculture.

Les abeilles sont des acteurs essentiels
de la vie sur Terre par leur action
pollinisatrice

L’appauvrissement des sols, comme vu plus avant dans cet article est un véritable fléau écologique. Aussi, il est important de revenir à une production agricole moins soutenue par la chimie. Le problème principal de la monoculture pratiquée depuis la révolution agricole sur de grandes parcelles réside dans son absence de respect de l’écosystème globale et donc de sa non-durabilité dans le temps long du fait de son constant apport en phosphates et nitrates, ainsi qu’en pesticides. Dans les années 1970, voyant déjà les premiers effets de cette révolution agricole, deux Australiens (Mollison et Holmgren) vont théoriser le concept de permaculture. Ce terme ne signifie pas qu’il y a toujours quelque chose qui pousse dans le sol pour notre alimentation directe, mais qu’au contraire, l’agriculture doit s’inspirer de la balance naturelle entre les différents acteurs d’un biotope pour avoir une production durable et donc pérenne.

La permaculture comporte donc quelques impératifs. En tout premier lieu, elle doit respecter la biodiversité, de l’insecte détritivore ou du vers de terre, tous deux essentiels à une vie dans les sols, aux pollinisateurs (abeilles, bourdons, papillons, etc qui sont menacés par les néonicotinoïdes) en passant par les oiseaux ou encore hérissons qui mangent une bonne part des « ravageurs ». La solution de l’industrie agricole pour éliminer ces ravageurs, ce sont les pesticides et les fongicides. Cette solution « miracle » qui n’est autre qu’une forme de gazage chimique des parcelles cultivées tue en réalité quasiment toute biodiversité, des sols aux cieux. Voici en extrait la conclusion d’un rapport disponible sur le site du Sénat (pas vraiment connu pour être progressiste, mais plutôt conservateur pourtant) en France :

– La biodiversité des pays développés, déjà très anthropisée, continue à être atteinte :

* les eaux continentales subissent le contrecoup d’usages excessifs de polluants et des usages de l’eau pour l’agriculture ; ces ressauts de consommation excèdent les possibilités normales d’adaptation des espèces aquatiques aux variations des cycles hydrologiques,

* l’Union européenne a établi que, hors les zones protégées par les directives « Natura 2000 », les pertes de biodiversité de la faune aviaire pouvaient atteindre 70 % pour certaines espèces10(*) ; aux États-Unis, les pertes de biodiversité sur les vingt espèces d’oiseaux les plus répandues atteignent 50 %.

* l’appauvrissement du sol, et donc de la biodiversité associée, s’accentue. En trente ans, la Beauce a perdu plus de 30 % des composés organiques de son sol,

* en France, de 3 à 5 espèces de céréales couvrent les besoins en protéines végétales contre plusieurs dizaines avant 1939 ; de même, sur la même période, 750 espèces animales domestiques ont disparu,

* l’accroissement de l’utilisation de l’eau par l’agriculture produit :

– des phénomènes de ruissellement qui augmentent la turbidité des eaux continentales,

– et un développement de la salinité des estuaires qui menace les écosystèmes côtiers,

* enfin, on constate, à la suite du développement des normes d’hygiène, que la biodiversité des bactéries lactiques utilisées dans la fabrication du fromage a diminué de plus de 30 % en vingt ans.

Bon sans rire, à force de déconner avec notre agriculture intensive, nous risquons même de perdre nos fameux fromages qui puent ! Mais j’en reviens à mon argumentaire, si nous voulons arrêter le massacre, il est urgent de revenir à une agriculture raisonnée, et dans cette optique, la permaculture offre les meilleures garanties. Alors oui du fait des parcelles plus réduites et de l’absence de labour systématique, elle rend presque obsolètes les énormes tracteurs vendus par John Deere et autres acteurs du secteur. Oui, elle nécessite peut-être un peu plus de main d’oeuvre humaine, et animale… Après tout, vous avez déjà vu une meilleure tondeuse d’herbes qu’une vache, qu’un cheval ou de quelques caprins ou ovins ? En bonus, ils fournissent des fertilisants (crottin, bouse) et luttent contre les ravageurs (les poules se régalent des limaces, tout comme les hérissons).

Ce changement de paradigme ne doit pas s’opérer de manière accusatrice et anxiogène envers les agriculteurs, qui sont une catégorie de travailleurs très soumise à la pression financière et dont le taux de suicide est malheureusement très élevé puisqu’on peut compter jusqu’à un suicide d’agriculteur (principalement éleveur bovin laitier soit dit en passant), tous les deux jours. Aussi, il convient de développer une politique d’aide à une reconversion plus respectueuse de l’environnement, mais cela passera probablement par un prix légèrement plus élevé des produits devant aller dans notre assiette, encore que… si on se passe de tout un tas d’intermédiaires qui n’ont pour autre but que la transformation et l’emballage des aliments, ce ne sera peut-être pas si salé au moment de présenter d’addition.

L’impasse de l’hydroponie

Une exploitation via la technique de l’hydroponie

Je vais en parler rapidement, mais j’estime nécessaire de l’aborder, car certains tenants du tout technologique rêvent secrètement de l’avènement de l’hydroponie, comme mode de culture dans un futur proche. Pour rappel, l’hydroponie c’est une culture hors-sol dans un milieu stérile (billes d’argile par exemple) avec uniquement de l’eau et… des engrais ! Je ne vous fais pas un dessin, mais se passer de tout le travail de la biodiversité pour l’alimentation végétale, on a vu ce que ça donnait dans les sols… c’est une catastrophe écologique. Alors oui, là, on aurait finalement peu d’impact direct sur les sols. Avec en prime une meilleure utilisation de la ressource hydrique avanceront certains (ce qui est vrai, il y a besoin de peu d’eau, le sol n’en absorbant pas la majeure partie) !

Bien sûr, c’est l’évidence même ! Certains sites en font même un mode de production écologique ! Oui oui oui… et donc, les engrais, tout le système de stockage en hauteur, les tubulures métalliques de la structure et le système de distribution de l’eau… c’est écologique. Et je ne parle pas du bâtiment devant accueillir le système hydroponique, qui doit être ventilé et contrôlé en humidité, ni même des lumières artificielles obligatoires pour pallier les besoins des plants. Qui parle d’une consommation électrique aberrante ?

Soyons clairs, l’hydroponie, c’est bien pour de la petite production privée si on veut s’y essayer pour se la jouer « NASA », mais au-delà d’une mission spatiale qui fait des stress-tests sur les plantations en vue d’un voyage longue durée futur, ça n’a pratiquement aucun intérêt, et écologiquement… c’est un désastre. Si quelqu’un essaye de vous expliquer que l’hydroponie est l’avenir écologiquement parlant de l’agriculture, je vous autorise à le traiter de menteur sans ambages ! Un peu comme… nos amis les « végans ».

3- L’hypocrisie du mouvement vegan

Pour commencer, je demande aux éventuels tenants du véganisme qui liraient cette troisième et dernière partie de l’article, de respirer un bon coup et de ne pas faire une simple réaction épidermique en lisant le mot « croyance » pour définir leur mouvement. Je vous laisse tout le loisir de réagir en commentaire si vous le souhaitez. Mais en contrepartie, je demande simplement de lire tout le développement avant, par simple honnêteté intellectuelle avant de formuler votre réponse.

Production du soja mondial – source FAO

Commençons par le commencement, c’est-à-dire l’origine, et la définition du véganisme. Né chez nos amis britanniques au XIXe siècle sur la base du végétalisme (consommation uniquement de légumes et fruits, aucun produit issu de l’animal sous quelque forme que ce soit), le mouvement ne prend réellement son essor qu’outre-Atlantique avec la fondation de la Vegan Society en 1944. Pas de bol, quatre ans plus tard (1948), la recherche médicale vient contrecarrer le plan de domination morale mondiale : la vitamine B12, contenue de façon biodisponible et donc assimilable par l’organisme humain uniquement dans des produits d’origine animale, est essentielle à notre survie. Elle l’est d’autant plus que sans elle, nous sommes sujets à de graves carences, à un retard du développement du cerveau (si carence d’une femme enceinte ou chez l’enfant/adolescent) et en quelques années, nous passons l’arme à gauche. Même si l’association américaine des diététiciens, laquelle n’est pas du tout intéressée commercialement n’est-ce pas, indique qu’il est possible d’être vegan si (et le si est important) vous êtes suivis régulièrement par un diététicien. Heureusement certains sites « pro-vegan » ont la décence de prévenir qu’il faut clairement supplémenter sa nutrition végétalienne, en particulier pour la femme enceinte.

Bon, outre l’aspect alimentaire, le véganisme va plus loin, c’est tout un mode de vie qui normalement doit se passer de l’animal, y compris donc, pour nos vêtements par exemple. Finis vos chaussures en cuir, vos vêtements en laine ou encore vos rembourrages de couettes, oreillers et autres parkas à base de plume d’oies ou de canards. Comme dirait le Général de Gaulle, « c’est la chienlit cette réforme végane ! »

Pourquoi l’humain est-il omnivore ? Histoire et physiologie. Je l’avais déjà un peu abordé dans l’article sur l’évolution des espèces. J’avais alors bien insisté sur le fait que nous n’étions au final que des grands singes descendus d’un arbre, frugivores puis progressivement devenus omnivores. Avec une augmentation de notre volume cérébral (même si volume n’est pas toujours synonyme d’intelligence) avec l’apport protéiné de la consommation de viande, cuite en particulier. Je vous conseille vivement de lire cet article étant la retranscription des propos de Pascal Picq (paléoanthropologue maître de conférence au Collège de France), sur l’alimentation humaine, lors de la Journée Annuelle de Nutrition et de Diététique en 2010. Propos dont je vous extrais néanmoins la conclusion qui est édifiante :

Aujourd’hui, la mondialisation ou, plus pertinemment, l’américanisation de nos habitudes alimentaires confronte les populations humaines à de sérieux problèmes de nutrition, ce qui inclut les populations occidentales. Manger autant de viandes, de graisses et de sucres n’a jamais existé au cours de notre évolution, sans oublier les changements de nos modes de vie dit modernes. Nous sommes entrés dans une phase de mal-bouffe et de mal-évolution. Pour répondre à ces problèmes, il n’est pas inutile de connaître les régimes des singes et de nos ancêtres et leur évolution. Mais les solutions ne résident pas dans un retour naïf à des régimes ancestraux (régimes de Cro-Magnon ou crétois, régimes lactés des Balkans, pseudo-bio, végétaliens …), le plus souvent perçus au travers de clichés erronés et, c’est là certainement le point le plus important de cette modeste contribution, détachés de leurs contextes environnementaux, sociaux et cognitifs. Car chez tous les singes frugivores/omnivores, le régime est indissociable de ces caractéristiques qui participent d’une coévolution complexe et toujours effective.

Bon vous l’aurez compris, en clair, et en décodé, l’alimentation végétalienne, ou « vegan », ce n’est absolument pas la solution. C’est un contresens évident du processus évolutif de notre espèce, d’autant plus qu’il est létal sans un apport nutritif de synthèse (nous sommes donc loin de la « nature »). La population des non-mangeurs de tous produits issus de l’animal, représentent environ 0,5% de la population occidentale, autant dire… presque rien, mais ils sont très actifs, surtout sur les réseaux sociaux ou par des actions d’éclat. Je pense notamment à L214 ou autres groupuscules extrémistes, qui filment de l’intérieur, parfois ravagent voire détruisent des abattoirs avec les animaux dedans mais ça… c’est un détail (dans l’Ain par exemple). Parfois, il faut le reconnaître (pour L214), leurs actions montrent de véritables dérives et s’avèrent nécessaires. Dans un registre similaire, il faut également mentionner ces activistes qui n’hésitent pas à saccager des boucheries, poissonneries ou de simples restaurants.

L’antispécisme végan – quand la morale devient amorale

Dans la vidéo ci-contre, nous avons là la frange la plus stupide, celle des antispécistes qui vont jusqu’à nier le droit des animaux carnivores à… l’être tout simplement. Des propos que les vegans essayent d’évacuer pour ne pas passer pour trop extrémistes en expliquant que l’homme n’est pas un lion. Que nous n’avons pas à imiter son comportement (y compris son comportement social sur l’infanticide). Oui certes, nous ne sommes pas des lions et nous n’avons pas le même comportement social que d’autres grands primates. Mais nos besoins nutritifs sont ce qu’ils sont. Nous avons besoin naturellement, de B12 (uniquement animal) et d’un apport protéiné, de calcium, de sucres, de gras, etc., etc. Ces apports sont disponibles sous diverses formes, mais pas toujours, parfois… c’est assez exclusif et il faut bien les prendre là où ils sont (viande, fruits de mer, poisson etc). La protéine végétale par ailleurs, est deux fois moins biodisponible que la protéine animale. Donc le but n’est pas de se passer de l’alimentation d’origine animale, mais de réduire la voilure. C’est d’avoir tout simplement un meilleur équilibre alimentaire en ne surconsommant pas des produits dits « carnés », inutilement. Car si la surproduction animale est nocive pour l’environnement (les chiffres disponibles sur la FAO et le WWF sont éloquents), verser dans le véganisme planétaire le serait tout autant, voire plus. Même le WWF le déconseille, alors que c’est une ONG reconnue de soutien du bien être de la cause animale et de la protection de la biodiversité. Ce que l’on appelle par effet de mode le régime « fléxitarien » (pardon, mais je rigole d’une telle ânerie à chaque fois), c’est simplement le régime omnivore… raisonné. En gros, manger de tout en équilibrant son alimentation. Il n’y avait pas réellement besoin de créer un nouveau terme pour ça, mais bon… si ça peut aider à faire passer le message… prenons-le !

La protection de la planète et de la biodiversité selon les vegans – photo site PETA

Le mouvement vegan, la cause animaliste et antispéciste est en réalité destructrice pour l’environnement et les animaux. Quand je vois ce genre d’article sur le site de PETA (association vegan porte-étendard de la cause antispéciste animaliste), j’ai littéralement envie de recracher mon café sur l’écran tellement je rigole de leur stupidité. Ils promeuvent (voir image ci-contre, car elle vaut le détour) les saloperies de l’industrie agro-industrielle du tout sous vide fabriqué en très grande partie à base de soja et autres céréales cultivés et produits sur… les sols morts des déserts écologiques comme la Beauce en France dont j’ai déjà parlé dans la première partie de l’article. D’ailleurs, le soja, vous voulez savoir d’où il vient ? Vous avez vu le tableau juste au dessus n’est-ce pas ? C’est hyper écologique d’être vegan en Europe quand on y regarde bien, entre le sous-vide et la provenance de l’aliment principal pour les « substituts » à la viande.

J’entends déjà l’argument en réponse « oui mais le soja est massivement produit pour les tourteaux à destination de l’alimentation des vaches laitières ou des bovins américains surgavés pour leur viande ». Ou encore, « il faut 15000 litres d’eau pour 1kg de viande bovine ! » C’est partiellement vrai, dans les 15 000 litres… on compte l’eau de pluie des pâturages. Mais ce n’est pas en répétant la même erreur en remplaçant toute la consommation de viande par du soja, que nous améliorerons la situation. En sus, que deviennent les animaux d’élevages ? J’entends également l’argument du nombre d’animaux mis à mort chaque année pour les besoins de notre consommation. Et là encore, il y a du progrès à faire sur la technique (l’abattage moins douloureux, moins « à la chaîne » en étant plus proche du producteur et non uniquement dans d’énormes centres aux pratiques parfois indignes), tout autant que sur un meilleur équilibre répondant à notre réel besoin en apports carnés. Réponse : ils n’ont qu’à mourir, mais au moins nous n’aurons pas d’autres générations prisonnières de l’élevage. Oui, et c’est faire fi de millénaires de pratiques humaines ayant liés l’animal à l’homme en sélectionnant les animaux dans ce but. Un peu comme le loup, que nous avons savamment transformés progressivement en chien il y a un peu plus de 30 000 ans pour les besoins justement du gardiennage de troupeaux.

Mais ne nous y trompons pas, ce qui importe le mouvement vegan n’est pas la sauvegarde du monde animal et de la biodiversité plus généralement. Non, ce qui les importent aux militants de cette cause, en tant qu’individus fermés dans une vision idéologique et surtout moralisatrice, c’est ce qu’il y a dans votre assiette et non la leur. Ce qu’il y a sur votre dos et non le leur. Qu’importe pour eux de consommer un steak de soja ou des nuggets sous emballages plastiques, surtransformés, du moment que vous, vous n’avez pas contribué indirectement par votre demande en plat « carné », à la mise à mort d’un mammifère, d’un gallinacé ou d’un poisson. Qu’importe pour eux, qu’ils tuent plus de lombrics et insectes avec leur alimentation issue de l’industrie agroalimentaire la plus crasse tandis que vous, vous achetez de la viande au producteur local respectueux de son environnement, de ses bêtes et plus généralement de la biodiversité. Qu’importe pour eux, qu’ils portent sur le dos une veste 100% synthétique à base de pétrole alors que votre blouson en cuir de vache a au moins le bon goût de ne pas jeter inutilement la peau d’un animal mort pour notre alimentation.

Moralement, ils sont supérieurs à vous, c’est ça le message de fond. Cela ne vous rappelle rien cet extrémisme ? Pur, impur, croyant, non croyant, accession au paradis tout ça tout ça ? Lorsque moralement vous commencez à vous croire (et j’utilise sciemment ce mot), supérieur à l’autre parce que vous considérez que votre action en dehors de tout fait mesurable objectivement et en contrepoint des études scientifiques, est meilleure que celle du voisin qui ne pense pas comme vous… c’est que vous versez dans une forme de croyance. Si j’ouvre wikipédia : j’obtiens ceci en guise d’introduction : « La croyance est le processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une thèse ou une hypothèse, de façon qu’elle les considère comme vérité, indépendamment des faits, ou de l’absence de faits, confirmant ou infirmant cette thèse ou cette hypothèse. Ainsi, les croyances sont souvent des certitudes sans preuve. »

Si je devais avoir quelques mots pour clôturer ce long article, merci de l’avoir lu jusqu’au bout et n’oubliez pas de le partager s’il vous a plu soit dit en passant… N’oubliez pas que l’humanité fait société en partie avec sa richesse culinaire, avec ses fêtes, ses traditions et le partage qui s’en suit. Si nous devons contrôler notre empreinte écologique sur notre monde, nous ne devons pas pour autant oublier qui nous sommes, d’où nous venons et ce que nous voulons être.

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