La peur

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Emotion connue de tous, la peur est un élément essentiel à la survie de l’espèce dans le processus évolutif. A titre individuel, elle va permettre à un animal de détecter le danger et d’agir en conséquence. A titre collectif, la peur d’une catastrophe imminente peut entraîner des décisions visant à assurer la survie de l’espèce. Dans Star Wars, au cas où vous n’auriez pas déjà remarqué que je suis un fan de la vieille trilogie à travers mes articles, la peur bien que nécessaire, peut mener au côté obscur. Aucune personne saine d’esprit ne peut se targuer de ne pas connaître la peur face à certains dangers. Sinon l’inconscience du danger mène plus facilement à la mort qu’à la survie.

Cet article répond à une invitation sur le thème de la peur, de la rédactrice (qui n’est autre que ma conjointe soit dit en passant) du blog Bébé à Table. Blog où vous trouverez des infos très utiles pour l’alimentation de votre enfant, car n’oubliez jamais ce principe de base : nous sommes ce que nous transformons de la nourriture à l’activité physique, sans oublier l’activité cérébrale. Alors autant prendre les bonnes habitudes dès le plus jeune âge, notamment dans le domaine de la nutrition !

Pour revenir sur le sujet : la peur, comment ça fonctionne ? A quoi ça sert ? Peut-on la contrôler ?

Un mécanisme neurobiologique

Le complexe de l’amygdale dans son ensemble –
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source : Wikipedia

Au sein de notre siège cérébral, c’est l’amygdale qui est responsable du décryptage des stimulis potentiellement menaçants pour l’organisme et plus spécifiquement qui génère en nous le sentiment de peur. L’amygdale est un complexe de plusieurs noyaux, lesquels se développent lors de la croissance. Ce développement est légèrement plus précoce chez la femme et plus tardif donc, chez l’homme. Cette différence engendre une variation de taille de l’amygdale qui est plus grosse chez l’homme car elle a reçu plus d’androgènes (de la testostérone en l’occurrence).

L’autre différence tient à l’utilisation des hémisphères de l’amygdale. Chez la femme, c’est le gauche qui va être le sollicité lors des stimulis. Il est plus axé sur l’aspect mémoriel de cette sensation de peur. En revanche pour l’homme, c’est l’hémisphère droit qui sera actif, lequel entraîne plus facilement une réponse physique devant une source menaçante. On peut donc comprendre pourquoi le mâle chez les grands primates aura plus tendance à réagir rapidement face à un danger.

En effet, chez tous les grands singes, et l’hominidé n’y fait pas exception, c’est le mâle qui est en charge de la défense du clan / du noyau familial / du territoire. la femelle ne prenant le relais qu’en cas de nécessité : isolement, mâle absent/blessé ou mort ou face à mâle agressif. Comme d’évidence, le comportement n’est pas uniquement « genré » sur la base d’une construction sociale. Il est plus profond que ça et une partie de notre comportement, qui diffère entre le mâle et la femelle et par extension entre l’homme et la femme, est la résultante de notre expression génétique à travers notre physiologie. Les organes n’ont pas forcément la même fonction, bien qu’ils soient communs entre les deux genres biologiques.

World War Z adapté du très bon livre de Max Brooks

En général nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas, ne comprenons pas. Et je ne parle pas uniquement des situation dangereuse comme face à un animal qu’on ne connait pas, face au vide auquel on se confronte rarement etc. L’avenir par exemple fait « peur ». Parce qu’il est incertain et qu’on ne peut le maîtriser, tout comme vieillir. La peur du dentiste relève du même mécanisme, un « inconnu » à la main dans votre bouche, vous ne voyez pas ce qu’il fait c’est ce qui vous fait peur. Pourtant il vous soigne avec des outils et un savoir faire durement acquis et surtout adaptés à vos besoins dentaires, dans votre intérêt.

La peur du noir est la peur la plus connue de toute, parce que nous ne voyons pas, or notre cerveau en l’absence de cécité génétique est conditionné par la visualisation de l’espace. Si vous habitez une maison, regardez un bon film/une bonne série de zombies le soir tard, et ensuite sortez fermer les volets. Même si vous dominez votre peur, vous ressentirez légèrement ce sentiment, les bruits seront accentués.

La peur donne-t-elle des ailes ?

La peur est donc est liée à des stimulis exprimant un danger pour la survie d’un individu. Par conséquent, peut-elle donner un surplus d’énergie pour échapper à un danger ? Ceux qui ont lu Astérix et les Normands s’en souviennent encore probablement avec un petit sourire en coin. Les Normands (ou plus communément les Vikings) viennent en Gaule pour apprendre ce qu’est la peur. Ne la connaissant pas, ils vont la trouver et pas forcément en raison de la potion magique. Je vous invite à lire cette bande dessinée pas pour sa plus value scientifique mais tout simplement parce qu’elle est drôle.

La peur ne donne évidemment pas d’ailes, en revanche, elle peut fortement accentuer les capacités physiques pour des raisons de survie face à un danger imminent. Par exemple vous sentez le danger en face de vous vous partez en courant très vite, plus vite même que ce que vous êtes habitués à courir en temps normal pour certains. Certaines personnes ont pu développer une force inhabituelle, pas surhumaine, simplement le corps a eu la maitrise totale des muscles, inconsciemment.

Même Alex Honnold ressent la peur

Mais la peur peut également vous paralyser. Cette réponse est le plus souvent générée par votre cerveau, inconsciemment là encore lorsqu’après évaluation des options, il estime que le combat ou la fuite ne sont pas des réponses possibles. Alors l’état de choc prend le dessus et vous restez pétrifié, incapable de bouger, tétanisé par la montée d’adrénaline soudaine. Lors de notre évolution, c’est un mécanisme hérité de notre statue de proie (oui l’humain n’a pas toujours été au somment de la chaîne mondiale) : c’est la fameuse technique de feindre la mort pour tromper le prédateur, en espérant qu’il se désintéresse d’une proie qui ne bouge plus.

Les neurosciences et la psychanalyse ont tendance à montrer également que ce mécanisme de défense aurait pour fonction de limiter les dégâts psychologiques, en particulier ceux liés au stress post-traumatique.

Tu ne connaîtras pas la peur !

« La peur, voilà ce qui balayera les systèmes séditieux ! » Cette phrase mythique, dans sa version française, est prononcée par Peter Cushing (Grand Moff Tarkin) dans Star Wars Episode IV. Elle illustre parfaitement le conditionnement réel ou attendu que peut générer la peur.

On peut donc générer la peur chez ceux que l’ont souhaite intimider. Tout le monde a déjà connu cela au moins une fois dans sa vie sous la forme de menaces (une personne, un chien qui vous montre les dents etc.), à moins de vivre dans une bulle utopique peut-être…

Une excellente vidéo sur la peur par DirtyBiology

Des expériences (dont la déontologie était très douteuse…) ont montré qu’on pouvait conditionner un être humain à avoir peur. Le docteur Watson -pas celui de Sherlock Holmes- avait eu la brillante idée de terroriser un bébé de 9 mois, en lui instillant une phobie à base d’un son horrible lorsqu’il touchait un mignon petit rat blanc.

En associant l’animal à poil blanc à ce son, il en avait ensuite peur chaque fois qu’il approchait. Superbe expérience n’est-ce pas ?

Qu’à cela ne tienne, aussi horrible qu’elle fût, elle permit en corolaire de comprendre comment lutter contre une phobie, et donc comment outrepasser nos peurs primales. Ce sentiment tout à fait naturel et lié à notre condition d’espèce vivante consciente du danger est tout à fait contrôlable. Je me répète mais l’humain n’est qu’une espèce comme les autres dans le monde du vivant, même si nous avons une culture très développée, l’accès à la technologie, à l’art… nous ne sommes que des êtres vivants à base de carbone et donc mortels avec tout ce que cela implique au niveau génétique.

Alors finalement, comment pouvons-nous contrôler nos peurs ? La réponse va paraître un peu délirante pour certains, convenue pour d’autres. C’est en s’y confrontant, encore et encore et encore, par étape progressive. Jusqu’à dominer le sentiment en accumulant l’expérience des réussites face à ce qui, en temps normal, pourrait nous terrifier.

Je vais vous parler de mon expérience personnelle. Je suis un ancien joueur de rugby (sans être un colosse de 2 mètres pour 120 barres), pas un virtuose ballon en main pour faire de longues passes vrillées, mais plutôt bon dans l’exercice du plaquage et des déblayages. Si vous pensez que le premier plaquage à faire face à un grand gaillard ne fait pas peur, vous vous trompez. Simplement en répétant le geste, en se confrontant volontairement (et j’insiste sur ce point) aux plus grands et plus costauds, j’ai développé une maîtrise de la peur qui m’a amené à ne pas les redouter et surtout à me placer de mieux en mieux, à anticiper leurs déplacements pour prendre un malin plaisir à littéralement les découper. Je l’ai fait tout petit lors de ma première année de rugby en poussin (U8 maintenant), car je n’étais pas très épais et j’avais une taille très moyenne. En grandissant et m’étoffant physiquement, j’ai pu par la suite me faire plaisir. La peur devient assez vite absente dans cet exercice et vous ne visualisez alors plus que le bon placement et le bon geste à faire. Vous pouvez canaliser votre énergie pour dominer votre vis-à-vis.

Ce mécanisme est répétible pour toutes les phobies. Pour prendre un exemple cinématographique (oui encore), je vous conseille de regarder le Batman Begins de Christopher Nolan, avec la fameuse phobie des chauve-souris : la chiroptophobie, que doit surmonter Bruce Wayne.

La fameuse expression « embrasser la peur » n’est pas qu’une allégorie littéraire. Pour surmonter ses peurs il faut s’y confronter encore et encore. Cela dépendra de votre volonté, de vous et de personne d’autre, sauf à vous faire conditionner tout petit par vos parents ou en tant qu’orphelin dans une section secrète militaire pour créer des supersoldats !

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